IV
TAPALAPAUTAU

Il était une fois un homme qui avait autant d'enfants qu'il y a de trous dans un tamis. Un beau jour, il s'en alla faire un tour dans le pays pour chercher à gagner sa vie et celle de sa famille. Il rencontra sur son chemin le bon Dieu qui lui dit: «Où vas-tu, mon brave homme?—Je m'en vais par ces pays chercher à gagner ma vie et celle de ma femme et de mes enfants.—Tiens,» dit le bon Dieu, «voici une serviette. Tu n'auras qu'à lui dire: Serviette, fais ton devoir, et tu verras ce qui arrivera.» Le pauvre homme prit la serviette en remerciant le bon Dieu, et voulut en faire aussitôt l'expérience. Après l'avoir étendue par terre, il dit: «Serviette, fais-ton devoir,» et la serviette se couvrit d'excellents mets de toute sorte. Tout joyeux, il la replia et reprit le chemin de son village.

Comme il se faisait tard, il entra dans une auberge pour y passer la nuit, et dit à l'aubergiste: «Vous voyez cette serviette, gardez-vous de lui dire: Serviette, fais ton devoir.—Soyez tranquille, mon brave homme.» Il était à peine couché, que l'aubergiste dit à la serviette: «Serviette, fais ton devoir.» Il fut grandement étonné en la voyant se couvrir de pain, de vin, de viandes et de tout ce qu'il fallait pour faire un bon repas, dont il se régala avec tous les gens de sa maison. Le lendemain, il garda la bienheureuse serviette et en donna une autre au pauvre homme, qui partit sans se douter du tour qu'on lui avait joué.

Arrivé chez lui, il dit en entrant: «Ma femme, nous ne manquerons plus de rien à présent.—Oh!» répondit-elle, «mon mari, vous nous chantez toujours la même chanson, et nos affaires n'en vont pas mieux.» Cependant l'homme avait tiré la serviette de sa poche. «Serviette,» dit-il, «fais ton devoir.» Mais rien ne parut. Il répéta les mêmes paroles jusqu'à vingt fois, toujours sans succès, si bien qu'il dut se remettre en route pour gagner son pain.

Il rencontra encore le bon Dieu. «Où vas-tu, mon brave homme?—Je m'en vais par ces pays chercher à gagner ma vie et celle de ma femme et de mes enfants.—Qu'as-tu fait de ta serviette?» L'homme raconta ce qui lui était arrivé. «Que tu es simple, mon pauvre homme!» lui dit le bon Dieu. «Tiens, voici un âne. Tu n'auras qu'à lui dire: Fais-moi des écus, et aussitôt il t'en fera.»

L'homme emmena l'âne, et, à la tombée de la nuit, il entra dans l'auberge où il avait déjà logé. Il dit aux gens de la maison: «N'allez pas dire à mon âne: Fais-moi des écus.—Ne craignez rien,» lui répondirent-ils. Dès qu'il fut couché, l'aubergiste dit à l'âne: «Fais-moi des écus;» et les écus tombèrent à foison. L'aubergiste avait un âne qui ressemblait à s'y méprendre à l'âne aux écus d'or: le lendemain, il donna sa bête à l'homme, et garda l'autre.

De retour chez lui, le pauvre homme dit à sa femme: «C'est maintenant que nous aurons des écus autant que nous en voudrons!» La femme ne le croyait guère. «Allons,» dit l'homme à son âne, «fais-moi des écus.» L'âne ne fit rien. On lui donna des coups de bâton, mais il n'en fit pas davantage.

Voilà notre homme encore sur les chemins. Il rencontra le bon Dieu pour la troisième fois. «Où vas-tu, mon brave homme?—L'âne ne m'a point fait d'écus.—Que tu es simple, mon pauvre homme! Tiens, voici un bâton; quand tu lui diras: Tapalapautau, il se mettra à battre les gens; si tu veux le rappeler, tu lui diras: Alapautau.» L'homme prit le bâton et entra encore dans la même auberge. Il dit aux gens de l'auberge: «Vous ne direz pas à mon bâton: Tapalapautau.—Non, non, dormez en paix.»

Quand les gens virent qu'il était couché, ils s'empressèrent de dire au bâton: «Tapalapautau.» Aussitôt le bâton se mit à les corriger d'importance et à leur casser bras et jambes. «Hé! l'homme!» criaient-ils, «rappelez votre bâton; nous vous rendrons votre serviette et votre âne.» L'homme dit alors: «Alapautau,» et le bâton s'arrêta. On lui rendit bien vite sa serviette et son âne; il s'en retourna chez lui et vécut heureux avec sa femme et ses enfants.

Moi, je suis revenu et je n'ai rien eu.