REMARQUES

Comparer nos nos 39, Jean de la Noix, et 56, le Pois de Rome: les remarques de ces deux variantes complètent les rapprochements que nous allons faire ici.

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Dans un conte valaque (Schott, no 20), c'est, comme dans notre conte, le bon Dieu qui donne à un pauvre paysan un âne aux écus d'or; puis, après que des aubergistes le lui ont volé, une table qui se couvre de mets au commandement, et enfin un gourdin qui rosse les gens.—Dans un conte toscan (Gubernatis, Novelline di Santo-Stefano, no 21), celui qui donne les objets merveilleux (table, brebis et bâton) est un vieillard, qui n'est autre que Jésus[130].—Dans un conte hongrois (Erdelyi-Stier, no 12), les objets sont donnés par un vieux mendiant envers lequel le héros a été charitable, et qui se révèle à lui comme étant «celui qui récompense le bien».

Partout ailleurs, le donateur des objets, celui que rencontre le pauvre homme, est un autre personnage que le bon Dieu.—Dans des contes siciliens (Gonzenbach, no 52; Pitrè, no 29), c'est, sous la figure d'une belle femme, la Fortune, le Destin du héros;—dans un conte espagnol (Caballero, I, p. 46), c'est un follet;—dans un conte autrichien (Vernaleken, no 11), une statue;—dans un conte picard (Carnoy, p. 308), un magicien;—dans un conte lithuanien (Leskien, no 30), un vieux nain;—dans un autre conte lithuanien (Schleicher, p. 105), un vieillard;—dans un conte islandais (Arnason, trad. anglaise, p. 563), le pasteur de la paroisse;—dans un conte vénitien (Bernoni, I, no 9), un signor;—dans un conte toscan (Nerucci, no 34), une signora;—dans un autre conte toscan (ibid., no 43), un fermier, dont le héros, qui est ici un jeune garçon, est le neveu.

Dans tout un groupe de contes de cette famille, c'est de maîtres au service desquels il est entré, que le héros reçoit les objets merveilleux: dans un conte du Tyrol italien (Schneller, no 15), de trois fées;—dans un conte des Abruzzes (Finamore, no 37), de fées aussi;—dans un conte catalan (Rondallayre, III, p. 31), du diable;—dans un conte portugais (Coelho, no 24), d'un roi;—dans un conte italien de la province d'Ancône (Comparetti, no 12), d'un homme, non autrement désigné;—dans un conte irlandais (Kennedy, II, p. 25), d'une vieille femme.

Dans un conte tchèque de Bohême (Waldau, p. 41), il s'agit de trois frères dont chacun reçoit successivement d'un vieillard, leur maître, au bout d'une année de service, un des objets merveilleux. (Comparer le conte toscan de la collection Gubernatis, cité plus haut.)—Dans un conte hessois (Grimm, no 36), il y a aussi trois frères, mais c'est d'un maître différent que chacun reçoit un des objets. (Comparer le conte portugais no 49 de la collection Braga, où les objets sont donnés à trois frères par trois personnages qu'ils rencontrent.)

Un conte russe (Gubernatis, Zoological Mythology, II, p. 262) est tout particulier: un vieux bonhomme s'en va trouver «la cigogne», et la prie d'être pour lui comme son enfant (allusion à la piété filiale attribuée aux cigognes). La cigogne lui donne successivement les objets merveilleux.—Dans un autre conte russe (Goldschmidt, p. 61), la cigogne est remplacée par une grue, reconnaissante envers un paysan, qui lui a rendu la liberté après l'avoir prise au filet.

Un second conte russe et d'autres contes qui s'en rapprochent beaucoup sont bien curieux aussi. Dans le conte russe (Dietrich, no 8), un homme va trouver le Vent du sud, pour se plaindre de ce que celui-ci lui a enlevé sa farine. Il en reçoit une corbeille merveilleuse, etc.—Dans un conte norwégien (Asbjœrnsen, traduction allemande, I, no 7), c'est le Vent du nord qui donne les objets merveilleux, et, là aussi, pour remplacer la farine qu'on lui réclame.—Dans un conte de la Haute-Bretagne (Sébillot, III, no 24), les objets sont donnés par le Vent du nord-ouest, qui a enlevé tout le lin d'un bonhomme (comparer un conte de la Basse-Bretagne, publié par M. Luzel, dans Mélusine, 1877, col. 129, et un conte toscan de la collection Comparetti, no 7).—Enfin, dans un conte esthonien (H. Jannsen, no 7), au lieu du Vent figure la Gelée, qui a détruit les semailles d'un pauvre diable, et chez qui celui-ci va se lamenter.

Dans une dernière catégorie de contes de cette famille, les objets merveilleux arrivent au pauvre homme par voie d'échange contre sa vache ou son cochon, par exemple. Dans un conte irlandais, de la collection Crofton Croker (traduit dans le Magasin pittoresque, t. XI, p. 133), dans un conte souabe (Meier, no 22), peut-être dérivé directement du livre irlandais, dans un conte du Tyrol allemand (Zingerle, II, p. 56), et dans un conte autrichien (Vernaleken, no 17), c'est avec un nain que se fait l'échange;—dans deux contes du Tyrol allemand (Zingerle, II, p. 84 et 185), avec un personnage inconnu ou avec un roi;—dans un conte allemand du duché d'Oldenbourg (Strackerjan, II, p. 312), avec le diable.