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Dans bon nombre de ces contes, nous retrouvons exactement les objets merveilleux du conte lorrain. Dans d'autres, il y a quelques différences. Ainsi, au lieu de l'âne, un mulet (conte bas-breton), un cheval (conte vénitien), un coq (conte du duché d'Oldenbourg), qui font de l'or;—une poule qui fait des ducats (premier conte tyrolien);—une poule aux œufs d'or (conte irlandais, collection Kennedy);—un bélier (conte tchèque), une brebis (conte lithuanien, collection Schleicher), un bouc (conte lithuanien, collection Leskien; conte norwégien), une chèvre (conte autrichien), dont les poils ruissellent de pièces d'or, quand on leur dit de se secouer;—un tamis d'où il tombe de l'argent comme de la farine (conte portugais de la collection Coelho).

Dans le premier conte portugais, dans le conte tyrolien (Zingerle, II, p. 185), dans le conte hessois et dans les deux contes lithuaniens, la serviette est remplacée par une petite table; dans le conte sicilien de la collection Gonzenbach, par une baguette magique.

Le gourdin se retrouve partout, excepté dans le conte picard, où il est très bizarrement remplacé par une chèvre, qui bat l'aubergiste, et dans le conte autrichien no 11 de la collection Vernaleken, où le troisième objet merveilleux est un chapeau d'où sort un régiment, quand on le frappe avec une baguette. Ce détail relie ce conte aux contes du genre de nos nos 42, Les trois Frères, et 31, l'Homme de fer.

Un petit groupe, parmi les contes indiqués ci-dessus, n'a que deux objets merveilleux. Dans le conte irlandais de la collection Crofton Croker, ce sont deux bouteilles: de la première, il sort, au commandement, deux petits génies fort jolis, apportant toute sorte de mets; de la seconde, deux génies affreux qui bâtonnent tout le monde (comparer le conte souabe et le premier des contes tyroliens).—Dans les contes russes que nous font connaître M. de Gubernatis et M. Goldschmidt, des sacs remplacent les bouteilles.—Dans le conte russe de la collection Dietrich, les deux objets sont une corbeille, qui donne toute une sorte de mets, et un tonneau, auquel on dit: «Cinq hors du tonneau!»—Enfin, dans le conte toscan de la collection Nerucci, il y a deux boîtes: de la première, sortent deux serviteurs, qui apportent tout ce que l'on souhaite; de la seconde, deux personnages armés de bâtons. (Comparer le conte italien de la collection Comparetti et le conte esthonien, où, au lieu des boîtes, figurent deux havresacs.)

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Quant à la perte des objets merveilleux, elle a lieu, dans les contes ci-dessus mentionnés, de diverses façons. La forme la plus ordinaire est celle du conte lorrain: ils sont volés par un hôtelier qui leur substitue d'autres objets en apparence semblables. Ailleurs, ils sortent des mains de leurs possesseurs par une vente ou un échange imprudents (contes toscans, conte islandais, conte esthonien).—Dans le conte russe de la collection Dietrich, la femme du bonhomme veut absolument, par sotte vanité, inviter un certain seigneur à manger des bonnes choses fournies par la corbeille merveilleuse, et le seigneur envoie ensuite ses gens enlever la corbeille et lui en substituer une autre. (Le conte autrichien a quelque chose du même genre. Comparer le conte hongrois.)

Si nous tenons à indiquer ici ces diverses formes, c'est que nous les retrouverons toutes en Orient.

On a vu que, dans notre conte, le bonhomme recommande à l'aubergiste de ne pas dire telle ou telle chose aux objets merveilleux. Il en est de même dans le conte du Tyrol italien, dans le conte vénitien, dans le conte tchèque et dans un conte napolitain du XVIIe siècle, dont nous allons parler. (Comparer le conte portugais de la collection Braga.)—Dans les autres contes où figure l'auberge, le pauvre diable a fait imprudemment l'essai des objets devant l'hôtelier, ou bien celui-ci l'a épié.