Dans d'autres contes orientaux, qui ne se rapportent pas au même thème que le nôtre, nous trouvons des objets merveilleux analogues: ainsi, dans le livre kalmouk intitulé Siddhi-Kür, livre dont l'origine est certainement indienne, une coupe d'or qu'il suffit de retourner pour avoir ce que l'on souhaite, et un bâton qui, au commandement de son possesseur, s'en va tuer les gens et reprendre ce qu'ils ont volé; dans une légende bouddhique, rédigée dans la langue sacrée du bouddhisme, le pali, une tasse, qui a des propriétés identiques à la coupe du conte kalmouk, et une hache qui exécute tous les ordres qu'on lui donne et notamment s'en va couper la tête à ceux qu'on lui désigne. Nous renvoyons, pour plus de rapprochements, aux remarques de notre no 42, les trois Frères. Nous ajouterons seulement ici que, dans un conte recueilli chez les Tartares de la Sibérie méridionale (Radloff, IV, p. 365-366), il est question d'une «nappe merveilleuse» qui, «si on l'étend au nom de Dieu, se couvre de toutes sortes de mets», et une «cruche merveilleuse», d'où coulent sans fin du thé, du sucre, du miel et du vin.

Au sujet de l'âne aux écus d'or, qui ne s'est présenté à nous en Orient que dans le conte syriaque, on peut voir l'Introduction au Pantchatantra de M. Théodore Benfey (I, p. 379). D'après le savant orientaliste, il se trouve dans un livre bouddhique thibétain, le Djangloun, un éléphant aussi extraordinaire («ein goldkackender und goldharnender Elephant»). Dans un conte indien du Bengale (Lal Behari Day, no 6), le fumier d'une certaine vache est aussi de l'or.

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Notre conte se retrouve, pour l'idée, en Afrique, chez les nègres du pays d'Akwapim, pays qui fait partie du royaume des Achantis. Ces nègres racontent, au sujet d'un personnage nommé Anansé (l'Araignée), l'histoire suivante (Petermann's Mittheilungen aus J. Perthes geographischer Anstalt, 1856, p. 467): Au temps d'une grande famine, Anansé s'en fut au bois et trouva un grand pot. «Ah!» dit-il, «voilà que j'ai un pot!» Le pot lui dit: «Je ne m'appelle pas pot, mais Hô hore (lève! comme on dit de la pâte qui fermente).» Et, sur le commandement d'Anansé, il se remplit de nourriture. Anansé l'emporte chez lui et le cache dans sa chambre. Ses enfants, étonnés de voir qu'il ne mange plus avec eux, entrent dans la chambre pendant son absence, trouvent le pot et lui parlent à peu près comme avait fait leur père. Après avoir bien mangé, ils brisent le pot en mille pièces. Anansé, de retour, est bien désolé et s'en retourne au bois, où il voit une cravache pendue à un arbre. «Voilà une cravache!» s'écrie-t-il.—«On ne m'appelle pas cravache: on m'appelle Abridiabradu (fouaille!).—Voyons!» dit Anansé, «fouaille un peu!» Mais, au lieu de lui donner à manger, comme il s'y attendait, la cravache lui donne force coups. Il l'emporte chez lui, la pend dans sa chambre et sort en laissant à dessein la porte ouverte. Ses enfants s'empressent d'entrer pour voir. Il leur arrive avec la cravache ce qui est arrivé à leur père. Quand la cravache cesse de les battre, ils la coupent en morceaux et dispersent ces morceaux dans tout le monde. «Voilà comment il y a beaucoup de cravaches dans le monde; auparavant il n'y en avait qu'une.»

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Un détail pour finir. Dans le conte hongrois no 4 de la collection Gaal-Stier, il est parlé, exactement dans les mêmes termes que dans Tapalapautau, d'un pauvre homme «qui avait autant d'enfants qu'il y a de trous dans un tamis». Cette bizarre expression se trouve également dans un conte du «pays saxon» de Transylvanie (Haltrich, no 21) et dans un conte de la Haute-Bretagne (Sébillot, Littérature orale, p. 213).

V
LES FILS DU PÊCHEUR

Il était une fois un pêcheur. Un jour qu'il était à pêcher, il prit un gros poisson. «Pêcheur, pêcheur,» lui dit le poisson, «laisse-moi aller, et tu en prendras beaucoup d'autres.» Le pêcheur le rejeta dans l'eau et prit en effet beaucoup de poissons. De retour chez lui, il dit à sa femme: «J'ai pris un gros poisson qui m'a dit: Pêcheur, pêcheur, laisse-moi aller et tu en prendras beaucoup d'autres.—Et tu ne l'as pas rapporté?» dit la femme, «j'aurais bien voulu le manger.»

Le lendemain, le pêcheur prit encore le gros poisson. «Pêcheur, pêcheur, laisse-moi aller, et tu en prendras beaucoup d'autres.» Le pêcheur le rejeta dans l'eau, et, sa pêche faite, revint à la maison. Sa femme lui dit: «Si tu ne rapportes pas demain ce poisson, j'irai avec toi, et je le prendrai.»

Le pêcheur retourna pêcher le jour suivant, et, pour la troisième fois, prit le gros poisson. «Pêcheur, pêcheur, laisse-moi aller, et tu en prendras beaucoup d'autres.—Non,» dit le pêcheur, «ma femme veut te manger.—Eh bien!» dit le poisson, «s'il faut que vous me mangiez, mettez de mes arêtes sous votre chienne, mettez-en sous votre jument, mettez-en dans le jardin derrière votre maison; enfin, emplissez trois fioles de mon sang. Quand les fils que vous aurez seront grands, vous leur donnerez à chacun une de ces fioles, et, s'il arrive malheur à l'un d'eux, le sang bouillonnera aussitôt.»