Deux contes allemands (Grimm, no 60, et Colshorn, no 47) n'ont pas la première partie.—Beaucoup d'autres n'ont pas la seconde (le combat contre le dragon); nous mentionnerons: un conte de la Basse-Bretagne (Luzel, Contes bretons, p. 63), un conte flamand (Wolf, Deutsche Mærchen und Sagen, no 27), des contes allemands (Grimm, no 85; Simrock, no 63), un conte autrichien (Vernaleken, no 35), un conte du Tyrol italien (Schneller, no 28), un conte italien du Mantouan (Visentini, no 19), un conte sicilien (Gonzenbach, no 39), un conte portugais (Consiglieri-Pedroso, no 25), un conte serbe (Vouk, no 29), un conte bosniaque (Leskien, p. 543), un conte écossais (Campbell, no 4).—La troisième partie manque dans quelques-uns: ainsi, dans un conte du Tyrol allemand (Zingerle, I, no 25) et un conte portugais (Coelho, no 52).—Un conte souabe (Meier, no 58), un conte roumain (Roumanian Fairy Tales, p. 48), n'ont que le combat contre le dragon et les aventures qui s'y rattachent.

Nous étudierons séparément chacune de ces trois parties.

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Pour l'introduction, la plupart des contes que nous venons de mentionner se rapprochent beaucoup du conte lorrain, souvent même dans de petits détails: ainsi, dans plusieurs de ces contes, le poisson merveilleux, pour se faire rejeter dans l'eau, promet au pêcheur, comme dans notre conte, de lui faire prendre beaucoup d'autres poissons. (Voir le conte grec moderne de la collection E. Legrand, les deux contes toscans, le conte italien du Mantouan, le premier des deux contes du Tyrol italien, le conte portugais no 25 de la collection Consiglieri-Pedroso, le conte suédois.)

Presque toujours, le poisson dit au pêcheur de le couper en un certain nombre de morceaux: il en donnera à sa femme, à sa chienne, à sa jument, et enterrera le reste à tel endroit. Cette forme, qui se retrouve d'une manière équivalente dans notre variante la Bête à sept têtes, est plus nette que celle des Fils du Pêcheur.

C'est seulement dans une partie des contes indiqués ci-dessus que les enfants, les chiens et les poulains sont au nombre de trois. Il en est ainsi dans le conte des Abruzzes, dans les deux contes toscans, dans le conte du Mantouan, dans le second conte du Tyrol italien, dans le conte du Tyrol allemand, dans le conte allemand de la collection Simrock, dans le conte flamand, dans le conte écossais, dans le conte portugais no 25 de la collection Consiglieri Pedroso, et enfin dans le conte catalan et dans le conte de la Haute-Bretagne (dans lesquels il n'y a ni chiens ni poulains).—Partout ailleurs les enfants, chiens, etc., ne sont que deux.

Dans notre conte lorrain, comme dans sa variante, le pêcheur voit tout à coup «trois belles lances» à l'endroit où il a mis les ouïes du poisson, ou ses arêtes. Dans le conte allemand de la collection Simrock, ce sont trois épées qui paraissent à la place où a été enterrée la queue du poisson; dans le conte flamand, trois fleurs, dont les racines sont trois épées; dans le conte suédois et le conte danois, deux épées (il n'y a que deux enfants); dans le conte serbe et le conte sicilien no 39 de la collection Gonzenbach, deux épées d'or. Le conte espagnol, les trois contes portugais, le conte des Abruzzes et le conte toscan de la collection Nerucci sont encore plus voisins sur ce point de nos Fils du Pêcheur, car nous y trouvons exactement les lances, et même, dans le conte toscan, les «trois belles lances».

Deux des contes mentionnés au commencement de ces remarques ont une forme particulière d'introduction, très voisine, d'ailleurs, de l'introduction ordinaire. Ainsi, dans le conte écossais, une espèce de sirène promet à un pêcheur qu'il aura des enfants, s'il s'engage à lui livrer son premier fils. Quand il s'y est engagé, elle lui donne douze grains, en lui disant d'en faire manger trois à sa femme, trois à sa chienne, trois à sa jument, et de planter les trois derniers derrière sa maison. (De ces trois derniers grains naissent trois arbres, qui se flétriront s'il arrive malheur aux enfants.)—Dans le conte bosniaque, un homme sans enfants reçoit d'un pèlerin une pomme: il faut qu'après l'avoir pelée, il donne la pelure à sa chienne et à sa jument, qu'il partage la pomme avec sa femme et qu'il plante les deux pépins. (De ces pépins naissent deux pommiers, dont les deux enfants se font des lances: nous voici revenus, par un détour, aux lances du conte lorrain.)

Dans le conte de la Petite-Russie, une jeune fille, pressée d'une soif ardente en revenant des champs, voit sur le chemin deux empreintes de pieds, remplies d'eau; elle boit de cette eau. Or «c'étaient des empreintes de pas divins». Quelque temps après, elle donne le jour à deux enfants, et le conte se poursuit à peu près comme les contes précédents.

Un conte de la même famille que tous ces contes, recueilli au XVIIe siècle par Basile, présente encore une autre forme d'introduction. Dans ce conte napolitain (Pentamerone, no 9), un ermite conseille à un roi sans enfants de prendre le cœur d'un dragon de mer, de le faire cuire par une fille vierge et de le donner à manger à la reine. Le roi suit ce conseil, et, quelques jours après, la reine, et aussi la jeune fille qui a respiré la vapeur de ce mets merveilleux, mettent au monde chacune un fils. Les deux enfants, qui se ressemblent à s'y méprendre, ont à peu près les mêmes aventures que nos «fils du pêcheur»[135].—M. Leskien cite (p. 546) plusieurs contes russes dont l'introduction est analogue; mais il nous avertit, sans préciser davantage, que tous ces contes n'appartiennent pas, pour la suite du récit, à la famille de contes étudiée ici. Dans ces contes russes, une reine doit manger d'un certain poisson pour devenir mère; la servante qui a goûté de ce poisson, et la chienne qui a mangé les entrailles, ou la jument qui a bu de l'eau dans laquelle on a lavé le poisson, mettent au monde chacune un petit garçon (sic), semblable à celui dont accouche la reine. (Voir, dans le Florilegio de M. de Gubernatis, un conte russe, du type des Fils du Pêcheur, qui a une introduction de ce genre.)—Dans un conte italien, faisant partie d'une autre famille que nos Fils du Pêcheur, et cité par M. R. Kœhler (Weimarer Beitræge, 1865, p. 196), une reine qui a mangé une certaine pomme, donnée par une vieille femme, et la femme de chambre qui a mangé les pelures, ont chacune un fils.