Le conte grec se rapproche beaucoup, pour sa première partie, du conte lorrain. Le savetier Lazare, qui a tué d'un coup de poing quarante mouches sur son miel, fait graver sur une épée: «J'en ai tué quarante d'un coup», et il part en guerre. Pendant qu'il dort auprès d'une fontaine, un drakos (sorte d'ogre) vient pour puiser de l'eau et lit l'inscription. Il réveille Lazare et le prie de contracter avec lui et les siens amitié de frère. Ici, de même que dans notre conte, le héros n'est pas envoyé contre le drakos, qui tient la place du géant, mais le rencontre par hasard. Les aventures de Lazare chez les drakos correspondent à notre no 25, le Cordonnier et les Voleurs.
Dans le conte suisse no 41 de la collection Sutermeister, nous trouvons le seul exemple à nous connu, en dehors de notre conte, d'un récit dans lequel le géant est associé avec le tailleur pour une entreprise (ici tuer un autre géant) où la main d'une princesse est en jeu.
Les deux contes qui vont suivre nous fourniront tout à l'heure des rapprochements avec des contes orientaux; voilà pourquoi nous les donnons en détail.
En Irlande, le «petit tisserand de la porte de Duleek» tue un jour d'un coup de poing cent mouches rassemblées sur sa soupe. Après cet exploit, il fait peindre sur une sorte de bouclier cette inscription: Je suis l'homme qui en a tué cent d'un coup; puis se rend à Dublin. Le roi, ayant lu l'inscription, prend le héros à son service pour se débarrasser de certain dragon. Le petit tisserand se met en campagne. A la vue du dragon, il grimpe au plus vite sur un arbre. Le dragon s'établit au pied de cet arbre et ne tarde pas à s'endormir. Ce que voyant, le tisserand veut descendre de son arbre pour s'enfuir; mais, on ne sait comment, il tombe à califourchon sur le dragon et le saisit par les oreilles. Le dragon, furieux, prend son vol et arrive à toute vitesse jusque dans la cour du palais du roi, où il se brise la tête contre le mur.
En Russie (Gubernatis, loc. cit.), le petit Thomas Berennikoff tue une armée de mouches et se vante ensuite d'avoir anéanti, à lui seul, toute une armée de cavalerie légère. Il fait la rencontre de deux vrais braves, Elie de Murom et Alexis Papowitch, qui, l'entendant raconter ses exploits, le reconnaissent immédiatement pour leur «frère aîné». La valeur des trois compagnons ne tarde pas à être mise à l'épreuve. Elie et Alexis se comportent en véritables héros. Vient ensuite le tour du petit Thomas. Par une chance heureuse, il tue l'ennemi contre lequel il est envoyé, pendant que celui-ci a les yeux fermés. Il essaie ensuite de monter le cheval du «héros». Ne pouvant en venir à bout, il attache le cheval à un chêne et grimpe sur l'arbre pour sauter de là en selle. Le cheval, sentant un homme sur son dos, fait un tel bond qu'il déracine l'arbre et le traîne après lui dans sa course, emportant Thomas jusqu'au cœur de l'armée chinoise. Dans cette charge furieuse, nombre de Chinois sont renversés par l'arbre ou foulés aux pieds par le cheval; le reste s'enfuit. L'empereur de la Chine déclare qu'il ne veut plus faire la guerre contre un héros de la force de Thomas, et le roi de Prusse, ennemi des Chinois, donne à Thomas, en récompense de ses services, sa fille en mariage.
Un conte de ce genre se retrouve, d'après Guillaume Grimm (III, p. 31), dans un livre populaire danois et dans un livre populaire hollandais. Le héros du premier, qui a tué quinze mouches d'un coup, est successivement vainqueur d'un sanglier, d'une licorne et d'un ours. Le héros du second, qui «en a tué sept d'un coup», devient gendre du roi après avoir été envoyé contre un sanglier, puis contre trois géants, et avoir repoussé une invasion ennemie.
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Le conte no 20 de la collection Grimm a été emprunté en partie à un vieux livre allemand, publié en 1557 par Martinus Montanus de Strasbourg (Grimm, III, p. 29).
Aux allusions faites à l'introduction de ce conte, d'après G. Grimm, par Fischart (1575) et par Grimmelshausen (1669), on peut ajouter un passage d'un sermon de Bosecker, publié à Munich en 1614, et où il est parlé du tailleur «qui tuait sept mouches,—sept Turcs, je me trompe,—d'un coup.» (Voir la revue Germania, 1872, 1re livraison, p. 92.)
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