Elle retourna trouver son mari. «Eh bien! qu'est-ce qu'a dit ton père?—Mon ami, il vous dit de prendre le cheval à trois jambes et de partir.» Elle n'ajouta pas que le roi souhaitait de ne pas le voir revenir. Le prince monta donc sur le vieux cheval et se rendit au bois où il avait laissé Bayard. Il trouva auprès de Bayard les trois pots d'eau de la reine d'Hongrie; il les prit et remonta sur le cheval à trois jambes. En passant près d'une auberge, il y aperçut ses deux beaux-frères qui étaient à rire et à boire. «Eh bien!» leur dit-il, «vous n'êtes pas allés chercher l'eau de la reine d'Hongrie?—Oh!» répondirent-ils, «à quoi bon? Est-ce que tu l'aurais trouvée?—Oui.—Veux-tu nous vendre les trois pots?—Vous les aurez, si vous voulez que je vous donne cent coups d'alène dans le derrière.—Bien volontiers.»
Le tortu et le bossu allèrent porter au roi les trois pots d'eau de la reine d'Hongrie. «Vous n'avez pas vu le Teigneux?» leur demanda le roi.—«Non vraiment, sire,» répondirent-ils. «En voilà un beau que votre Teigneux!»
Quelque temps après, il y eut une guerre. Le prince dit à sa femme: «Va demander à ton père si je puis me mettre en campagne.»
«Bonjour, mon cher père.—Bonjour, madame la Teigneuse.—Le Teigneux demande s'il peut se mettre en campagne.—A son aise. Qu'il prenne le cheval à trois jambes, qu'il parte et qu'il ne revienne plus.»
Elle retourna trouver son mari. «Eh bien! qu'est-ce qu'a dit ton père?—Mon ami, il vous dit de prendre le cheval à trois jambes et de partir.» Elle n'ajouta pas que le roi souhaitait de ne pas le voir revenir. Le prince se rendit au bois sur le cheval à trois jambes. Arrivé là, il mit ses habits dorés, monta sur Bayard et s'en fut combattre les ennemis. Il remporta la victoire. Or, c'était contre le roi son père qu'il avait livré bataille.
Le tortu et le bossu, qui avaient regardé de loin le combat, retournèrent auprès du roi et lui dirent: «Ah! sire, si vous aviez vu le vaillant homme qui a gagné la bataille!—Hélas!» dit le roi, «si j'avais encore ma plus jeune fille, je la lui donnerais bien volontiers!... Mais avez-vous vu le Teigneux?—Non vraiment, sire,» répondirent-ils. «En voilà un beau que votre Teigneux!»
Survint une nouvelle guerre. Le prince envoya sa femme demander pour lui au roi la permission de se mettre en campagne. Puis, s'étant rendu au bois sur le cheval à trois jambes, il mit ses habits dorés, monta sur Bayard, et partit pour la guerre, encore plus beau que la première fois. Il gagna la bataille, et le tortu et le bossu, qui regardaient de loin, disaient: «Ah! le bel homme! le vaillant homme!—Ah! sire,» dirent-ils au roi, «si vous aviez vu le vaillant homme qui a gagné la bataille!—Hélas!» dit le roi, «que n'ai-je encore ma plus jeune fille! je la lui donnerais bien volontiers... Mais avez-vous vu le Teigneux?—Non vraiment, sire. En voilà un beau que votre Teigneux!»
Il fallait encore deux pots d'eau de la reine d'Hongrie pour achever la guérison du roi. Le prince fit demander au roi la permission de se mettre en campagne, et s'en alla au bois sur le cheval à trois jambes. Il trouva les deux pots près de Bayard; il les prit, puis il repartit. En passant devant une auberge, il y vit ses deux beaux-frères qui étaient à rire et à boire. «Eh bien!» leur dit-il, «vous n'allez pas chercher l'eau de la reine d'Hongrie?—Non,» répondirent-ils; «à quoi bon? En aurais-tu par hasard?—Oui, j'en rapporte deux pots.—Veux-tu nous les vendre?—Je veux bien vous les céder, si vous me donnez vos pommes d'or.—Qu'à cela ne tienne! les voilà.»
Le prince prit les pommes d'or, et ses beaux-frères allèrent porter au roi l'eau de la reine d'Hongrie. «Avez-vous vu le Teigneux?» leur demanda le roi.—«Non vraiment, sire,» répondirent-ils. «En voilà un beau que votre Teigneux!»