Bientôt après, le roi eut de nouveau à soutenir une guerre. Le prince se rendit au bois, comme les fois précédentes, sur le cheval à trois jambes. Arrivé là, il mit ses habits dorés, avec lesquels il avait encore meilleur air qu'auparavant, monta sur Bayard et partit. Il gagna encore la bataille. Comme il s'en retournait au galop, le roi, qui cette fois assistait au combat, lui cassa sa lance dans la cuisse afin de pouvoir le reconnaître plus tard.

De retour dans le bois, Bayard dit à son maître: «Prince, je suis prince aussi bien que vous: je devais rendre cinq services à un prince. Voulez-vous partir avec moi? Mais maintenant où est mon royaume, où est tout ce que je possédais?» Le prince le laissa partir seul, et revint au château sur le cheval à trois jambes.

Le roi fit publier partout que celui qui avait gagné la bataille recevrait une grande récompense. Beaucoup de gens se présentèrent au château après s'être cassé une lance dans la cuisse; mais on n'avait pas de peine à reconnaître que ce n'était pas la lance du roi.

Cependant le prince était arrivé chez lui, et sa femme avait envoyé chercher un médecin pour retirer la lance. Le roi vit entrer le médecin; comme celui-ci restait longtemps, il entra lui-même et reconnut sa lance; il ne savait comment expliquer la chose. Le prince lui dit: «C'est moi qui ai tout fait. La première fois, j'ai trouvé les trois pots d'eau de la reine d'Hongrie près de mon cheval; je les ai cédés à mes beaux-frères moyennant cent coups d'alène que je leur ai donnés dans le derrière. La seconde fois, ils m'ont donné leurs pommes d'or pour avoir les deux autres pots.»

Le roi fit alors venir le tortu et le bossu: «Eh bien!» leur dit-il, «où sont vos pommes d'or?—Nous ne les avons plus.» On leur donna à chacun un coup de pied et on les mit à la porte. On fit la paix avec le père du prince, et tout le monde fut heureux.

REMARQUES

C'est principalement par leur introduction que diffèrent entre eux les contes de cette famille. On peut, sous ce rapport, les classer en plusieurs groupes. Nous examinerons d'abord les contes dont l'introduction se rapproche le plus de celle du nôtre.

Dans un conte du Tyrol italien (Schneller, no 20), un prince, chassé de son royaume, entre au service d'un certain homme. Son maître lui commande de donner de la viande à une jument, du foin à un ours; puis il part en voyage, après avoir défendu au jeune homme d'ouvrir une certaine porte. Le prince, tout au rebours de ses instructions, donne le foin à la jument et la viande à l'ours. Il ouvre la porte de la chambre interdite; il y voit un petit lac, il s'y baigne. Quand il sort, la jument lui dit que ses cheveux sont devenus d'or. Le prince effrayé ne sait que faire. La jument lui dit de prendre un peigne, des ciseaux et un miroir et de s'enfuir avec elle. Quand le maître les poursuit, le peigne, jeté derrière les fugitifs, devient une haute haie; les ciseaux, une épaisse forêt remplie d'épines; le miroir, un grand lac. Le prince couvre ses cheveux d'un bonnet et entre au service d'un roi. (Suit une seconde partie analogue à celle de notre conte.)

Plusieurs contes de cette famille, recueillis dans le Holstein, en Norwège, en Laponie, en Lithuanie, dans le pays basque, en Roumanie, font également entrer le héros au service d'un personnage mystérieux (un diable, dans le conte basque, un géant, dans le conte lapon), ou de trois fées (dans le conte roumain).—Le conte norwégien (Asbjœrnsen, t. I, p. 86), le conte lapon (no 6 des contes lapons, publiés en 1870 dans la revue Germania) et le conte roumain (Roumanian Fairy Tales, p. 27) ont le détail de la chambre défendue. Le héros du conte norwégien plonge le doigt dans un grand chaudron de cuivre qui bout tout seul, et son doigt devient tout doré; il l'enveloppe d'un linge, comme le héros du conte lorrain. Plus tard, le cheval qu'il trouve dans une des chambres où il ne doit point pénétrer, et auquel il donne à manger, lui dit de se baigner dans le chaudron, et il en sort bien plus beau et plus fort qu'auparavant. (Il n'est point parlé de cheveux dorés.)—Dans le conte lapon, le géant défend à son valet d'aller dans l'écurie; le jeune homme y va, et il y trouve un cheval qui lui donne des conseils.—Dans le conte roumain, la chambre défendue contient un bassin où, tous les cent ans, coule une eau qui rend tout d'or les cheveux du premier qui s'y baigne. Sur le conseil de son cheval ailé, don d'un ermite son père adoptif, le jeune homme se baigne dans le bassin, prend dans une armoire un paquet de vêtements et s'enfuit à toute bride.—Dans le conte lithuanien (Leskien, no 9) et dans le conte basque (Webster, p. 111), il n'y a point de chambre défendue: c'est pendant que le jeune homme est dans l'écurie que le cheval l'engage à s'enfuir avec lui. Dans le conte lithuanien, le cheval lui dit de s'oindre auparavant les cheveux d'un certain onguent, et les cheveux du jeune homme deviennent de diamant. Dans le conte basque, le cheval les lui fait devenir tout brillants.—Dans le conte du Holstein (Müllenhoff, p. 420), ce détail manque.