Il était une fois un roi et une reine. Le roi partit pour la guerre, laissant sa femme enceinte.

La mère du roi, qui n'aimait pas sa belle-fille, ne savait qu'inventer pour lui faire du mal. Pendant l'absence du roi, la reine mit au monde deux enfants, un garçon et une fille; aussitôt la vieille reine écrivit au roi que sa femme était accouchée d'un chien et d'un chat. Il répondit qu'il fallait mettre le chien et le chat dans une boîte et jeter la boîte à la mer. On enferma les deux enfants dans une boîte, que l'on jeta à la mer.

Peu de temps après, un marchand et sa femme, qui parcouraient le pays pour vendre leurs marchandises, vinrent à passer par là; ils aperçurent la boîte qui flottait sur l'eau. «Oh! la belle boîte!» dit la femme; «je voudrais bien savoir ce qu'il y a dedans: ce doit être quelque chose de précieux.» Le marchand retira de l'eau la boîte et la donna à sa femme. Celle-ci n'osait presque y toucher; elle finit pourtant par l'ouvrir et y trouva un beau petit garçon et une belle petite fille. Le marchand et sa femme les recueillirent et les élevèrent avec deux enfants qu'ils avaient. Chaque jour le petit garçon se trouvait avoir cinquante écus, et chaque jour aussi sa sœur avait une étoile d'or sur la poitrine.

Un jour que le petit garçon était à l'école avec le fils du marchand, il lui dit: «Mon frère, j'ai oublié mon pain; donne-m'en un peu du tien.—Tu n'es pas mon frère,» répondit l'autre enfant, «tu n'es qu'un bâtard: on t'a trouvé dans une boîte sur la mer, on ne sait d'où tu viens.» Le pauvre petit fut bien affligé. «Puisque je ne suis pas ton frère,» dit-il, «je veux chercher mon père.» Il fit connaître son intention à ses parents adoptifs; ceux-ci, qui l'aimaient beaucoup, peut-être aussi un peu à cause des cinquante écus, firent tous leurs efforts pour le retenir, mais ce fut en vain. Le jeune garçon prit sa sœur par la main et lui dit: «Ma sœur, allons-nous-en chercher notre père.» Et ils partirent ensemble.

Ils arrivèrent bientôt devant un grand château; ils y entrèrent et demandèrent si l'on n'avait pas besoin d'une relaveuse de vaisselle et d'un valet d'écurie. Ce château était justement celui de leur père. La mère du roi ne les reconnut pas; on eût dit pourtant qu'elle se doutait de quelque chose; elle les regarda de travers en disant: «Voilà de beaux serviteurs! qu'on les mette à la porte.» On ne laissa pas de les prendre; ils faisaient assez bien leur service, mais la vieille reine répétait sans cesse: «Ces enfants ne sont propres à rien; renvoyons-les.»

Elle dit un jour au roi: «Le petit s'est vanté d'aller chercher l'eau qui danse.» Le roi fit aussitôt appeler l'enfant. «Ecoute,» lui dit-il, «j'ai à te parler.—Sire, que voulez-vous?—Tu t'es vanté d'aller chercher l'eau qui danse.—Moi, sire! comment ferais-je pour aller chercher l'eau qui danse? je ne sais pas même où se trouve cette eau.—Que tu t'en sois vanté ou non, si je ne l'ai pas demain à midi, tu seras brûlé vif.—A la garde de Dieu!» dit l'enfant, et il partit.

Sur son chemin il rencontra une vieille fée, qui lui dit: «Où vas-tu, fils de roi?—Je ne suis pas fils de roi; je ne sais qui je suis. La mère du roi invente cent choses pour me perdre: elle veut que j'aille chercher l'eau qui danse; je ne sais pas seulement ce que cela veut dire.—Que me donneras-tu,» dit la fée, «si je te viens en aide?—J'ai cinquante écus, je vous les donnerai bien volontiers.—C'est bien. Tu iras dans un vert bocage; tu trouveras de l'eau qui danse et de l'eau qui ne danse pas; tu prendras dans un flacon de l'eau qui danse, et tu partiras bien vite.» Le jeune garçon trouva l'eau demandée et la rapporta au roi. «Danse-t-elle?» dit le roi.—«Je l'ai vue danser, je ne sais si elle dansera.—Si elle dansait, elle dansera toujours. Qu'on la mette en place.»

Le lendemain, la vieille reine dit au roi: «Le petit s'est vanté d'aller chercher la rose qui chante.» Le roi fit appeler l'enfant et lui dit: «Tu t'es vanté d'aller chercher la rose qui chante.—Moi, sire! comment ferais-je pour aller chercher cette rose qui chante? jamais je n'en ai entendu parler.—Que tu t'en sois vanté ou non, si je ne l'ai pas demain à midi, tu seras brûlé vif.»

L'enfant se mit en route et rencontra encore la fée. «Où vas-tu, fils de roi?—Je ne suis pas fils de roi, je ne sais qui je suis. Le roi veut que je lui rapporte la rose qui chante, et je ne sais où la trouver.—Que me donneras-tu si je te viens en aide?—Ce que je vous ai donné la première fois, cinquante écus.—C'est bien. Tu iras dans un beau jardin; tu y verras des roses qui chantent et des roses qui ne chantent pas; tu cueilleras bien vite une rose qui chante et tu reviendras aussitôt, sans t'amuser en chemin.» Le jeune garçon suivit les conseils de la fée et rapporta la rose au roi. «La rose ne chante pas,» dit la vieille reine.—«Nous verrons plus tard,» répondit le roi.

Quelque temps après, la vieille reine dit au roi: «La petite s'est vantée d'aller chercher l'oiseau de vérité.» Le roi fit appeler l'enfant et lui dit: «Tu t'es vantée d'aller chercher l'oiseau de vérité.—Non, sire, je ne m'en suis pas vantée; où donc l'irais-je chercher, cet oiseau de vérité?—Que tu t'en sois vantée ou non, si je ne l'ai pas demain à midi, tu seras brûlée vive.»