La jeune fille s'en alla donc; elle rencontra aussi la fée sur son chemin. «Où vas-tu, fille de roi?—Je ne suis pas fille de roi; je suis une pauvre relaveuse de vaisselle. La mère du roi veut nous perdre? elle m'envoie chercher l'oiseau de vérité, et je ne sais où le trouver.—Que me donneras-tu si je te viens en aide?—Je vous donnerai une étoile d'or; si ce n'est pas assez, je vous en donnerai deux.—Eh bien! fais tout ce que je vais te dire. Tu iras à minuit dans un vert bocage; tu y verras beaucoup d'oiseaux; tous diront: C'est moi! un seul dira: Ce n'est pas moi! C'est celui-là que tu prendras, et tu partiras bien vite; sinon, tu seras changée en pierre de sel.»

Quand la jeune fille entra dans le bocage, tous les oiseaux se mirent à crier: «C'est moi! c'est moi!» Un seul disait: «Ce n'est pas moi!» Mais la jeune fille oublia les recommandations de la fée, et elle fut changée en pierre de sel.

Son frère, ne la voyant pas revenir au château, demanda la permission d'aller à sa recherche. Il rencontra de nouveau la vieille fée. «Où vas-tu, fils de roi?—Je ne suis pas fils de roi, je ne sais qui je suis. Ma sœur est partie pour chercher l'oiseau de vérité, et elle n'est pas revenue.—Tu retrouveras ta sœur avec l'oiseau,» dit la fée. «Que me donneras-tu si je te viens en aide?—Cinquante écus, comme toujours.—Eh bien! à minuit tu iras dans un vert bocage; mais ne fais pas comme ta sœur: elle n'a pas écouté mes avis, et elle a été changée en pierre de sel. Tu verras beaucoup d'oiseaux qui diront tous: C'est moi! tu prendras bien vite celui qui dira: Ce n'est pas moi! tu lui feras becqueter la tête de ta sœur, et elle reviendra à la vie.»

Le jeune garçon fit ce que lui avait dit la fée: il prit l'oiseau, lui fit becqueter la tête de sa sœur, qui revint à la vie, et ils retournèrent ensemble au château. On mit l'oiseau de vérité dans une cage, l'eau qui danse et la rose qui chante sur un buffet.

Il venait beaucoup de monde pour voir ces belles choses. Le roi dit: «Il faut faire un grand festin et y inviter nos amis. Nous nous assurerons si les enfants ont vraiment rapporté ce que je leur ai demandé.» Il vint donc beaucoup de grands seigneurs. La vieille reine grommelait: «Voilà de belles merveilles que cette eau, et cette rose, et cet oiseau de vérité!—Patience,» dit le roi, «on va voir ce qu'ils savent faire.» Pendant le festin, l'eau se mit à danser et la rose à chanter, mais l'oiseau de vérité ne disait mot. «Eh bien!» lui dit le roi, «fais donc ce que tu sais faire.—Si je parle,» répondit l'oiseau, «je rendrai bien honteux certaines gens de la compagnie.—Parle toujours,» dit le roi.—«N'est-il pas vrai,» dit l'oiseau, «qu'un jour où vous étiez à la guerre, votre mère vous écrivit que la reine était accouchée d'un chien et d'un chat? N'est-il pas vrai que vous avez commandé de les jeter à la mer?» Et comme le roi faisait mine de se fâcher, l'oiseau reprit: «Ce que je dis est la vérité, la pure vérité. Eh bien! ce chien et ce chat, les voici; ce sont vos enfants, votre fils et votre fille.»

Le roi, furieux d'avoir été trompé, fit jeter la vieille reine dans de l'huile bouillante. Depuis lors, il vécut heureux et il réussit toujours dans ses entreprises, grâce à l'oiseau de vérité.

REMARQUES

Notre conte est, sur divers points, altéré ou incomplet. Ainsi, il a perdu l'introduction qui se trouve dans le plus grand nombre des contes similaires. Nous n'étudierons, pas en détail cette introduction, sur laquelle M. R. Kœhler s'est longuement étendu dans ses remarques sur un conte avare (Schiefner, no 12). Nous en indiquerons seulement les principales formes.

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