—Eh! que m'importe la vie? que m'importe l'avenir? Ah! que n'ai-je un couteau pour en finir! Donnez-moi la mort!»

Son émotion croissait de minute en minute. Je voyais le moment où, ne se possédant plus de colère, il allait s'élancer pour anéantir son enfant. Celle-ci, calme, pâle, se mit à genoux sur le seuil. La porte était ouverte, et j'aperçus, derrière la jeune fille, Sperver les joues contractées, l'air égaré. Il s'approcha sur la pointe des pieds, et s'inclinant vers Odile:

«Oh! Mademoiselle, dit-il, Mademoiselle … le comte est un si brave homme! Si vous disiez seulement: «Peut-être … nous verrons … plus tard!…» Elle ne répondit pas et conserva son attitude.

En ce moment, je fis prendre au seigneur du Nideck quelques gouttes d'opium; il s'affaissa, exhalant un long soupir, et bientôt un sommeil lourd, profond, régla sa respiration haletante.

Odile se leva, et sa vieille gouvernante, qui n'avait pas dit un mot, sortit avec elle. Sperver et moi nous les regardâmes s'éloigner lentement. Une sorte de grandeur calme se trahissait dans la démarche de la comtesse: on eût dit l'image vivante du devoir accompli….

Lorsqu'elle eut disparu dans les profondeurs du corridor, Gédéon se tourna vers moi:

«Eh bien! Fritz, me dit-il d'un air grave, que penses-tu de cela?»

Je courbai la tête sans répondre: la fermeté de cette jeune fille m'épouvantait.

VI

Sperver était indigné.