«Voilà ce qu'on appelle le bonheur des grands! s'écria-t-il en sortant de la chambre du comte. Soyez donc seigneur du Nideck, ayez des châteaux, des forêts, des étangs, les plus beaux domaines du Schwartz-Wald, pour qu'une jeune fille vienne vous dire de sa petite voix douce: «Tu veux? Eh bien! moi, je ne veux pas! Tu me pries? Et moi je réponds: C'est impossible!» Oh! Dieu!… quelle misère!… Ne vaudrait-il pas cent fois mieux être venu au monde fils d'un bûcheron, et vivre tranquillement de son travail? Tiens, Fritz…, allons-nous-en…. Cela me suffoque. J'ai besoin de respirer le grand air!»
Et le brave homme, me prenant par le bras, m'entraîna dans le corridor.
Il était alors environ neuf heures. Le temps, si beau le matin, au lever du soleil, s'était couvert de nuages, la bise fouettait la neige contre les vitres, et je distinguais à peine la cime des montagnes environnantes.
Nous allions descendre l'escalier qui mène à la cour d'honneur, lorsqu'au détour du corridor nous nous trouvâmes nez à nez avec Tobie Offenloch.
Le digne majordome était tout essoufflé.
«Hé! fit-il en nous barrant le chemin avec sa canne, où diable courez-vous si vite?… et le déjeuner!
—Le déjeuner!… quel déjeuner? demanda Sperver.
—Comment, quel déjeuner? ne sommes-nous pas convenus de déjeuner ensemble ce matin avec le docteur Fritz?
—Tiens! c'est juste, je n'y pensais plus.» Offenloch partit d'un éclat de rire qui fendit sa grande bouche jusqu'aux oreilles.
«Ha! ha! ha! s'écria-t-il, la bonne farce! et moi qui craignais d'arriver le dernier! Allons, allons, dépêchez-vous! Kasper est en haut, qui vous attend. Je lui ai dit de mettre le couvert dans votre chambre; nous serons plus à l'aise. Au revoir, Monsieur le docteur.»