«À la plus gentille danseuse du treieleins!»
On peut se figurer si la petite Sûzel fut heureuse; c'était comme un coup de pistolet qu'on lâche à la noce. Christel riait de bon cœur et pensait: «Ce bon monsieur Kobus est un peu gris, il ne faut pas s'en étonner un jour de fête!»
Et entrant dans la chambre, il leva son feutre en disant:
«Ça, ce doit être du champagne, dont j'ai souvent entendu parler, de ce vin de France qui tourne la tête à ces hommes batailleurs, et les porte à faire la guerre contre tout le monde! Est-ce que je me trompe?
—Non, père Christel, non; asseyez-vous, répondit Fritz. Tiens, Sûzel, voici ta chaise à côté de moi. Prends un de ces verres.
—À la santé de ma danseuse!» Tous les amis frappèrent sur la table en criant: «Das soll gülden[20]!» Et, levant le coude, ils claquèrent de la langue, comme une bande de grives à la cueillette des myrtilles. Sûzel, elle, trempait ses lèvres roses dans la mousse, ses deux grands yeux levés sur Kobus, et disait tout bas: «Oh! que c'est bon! ce n'est pas du vin, c'est bien meilleur!» Elle était rouge comme une framboise, et Fritz, heureux comme un roi, se redressait sur sa chaise. «Hum! hum! faisait-il en se rengorgeant; oui, oui, ce n'est pas mauvais.» Il aurait donné tous les vins de France et d'Allemagne pour danser encore une fois le treieleins.
Comme les idées d'un homme changent en trois mois!
Christel, assis en face de la fenêtre, son grand chapeau sur la nuque, la face rayonnante, le coude sur la table et le fouet entre les genoux, regardait le magnifique soleil au-dehors; et, tout en songeant à ses récoltes, il disait:
«Oui... oui... c'est un bon vin!»
Il ne faisait pas attention à Kobus et à Sûzel, qui se souriaient l'un l'autre comme deux enfants, sans rien dire, heureux de se voir. Mais Iôsef les contemplait d'un air rêveur.