«Katel! Katel! votre monsieur se trouve mal! Seigneur, ayez pitié de nous!»

Et Katel donc, lorsqu'elle entra tout effarée, et qu'elle vit ce pauvre Fritz étendu là, pâle comme un mort, c'est elle qui leva les mains au ciel, criant:

«Mon Dieu! mon Dieu! mon pauvre maître! Comment cela s'est-il fait, Orchel? Je ne l'ai jamais vu dans cet état!

—Je ne sais pas, mademoiselle Katel; nous étions tranquillement à causer de Sûzel... il a voulu se lever pour prendre un verre d'eau, et il est tombé!

—Ah! mon Dieu! mon Dieu pourvu que ce ne soit pas un coup de sang!»

Et les deux pauvres femmes, criant, gémissant et se désolant, le soulevèrent, l'une par les épaules, l'autre par les pieds, et le déposèrent sur son lit.

Voilà pourtant à quelles extrémités peut nous porter l'amour! Un homme si raisonnable, un homme qui s'était si bien arrangé pour être tranquille toute sa vie, un homme qui voyait les choses de si loin, qui s'était pourvu de si bon vin avec sagesse, et qui semblait n'avoir rien à craindre ni du ciel ni de la terre... voilà où le regard d'une simple enfant, d'une petite fille sans ruse et sans malice l'avait réduit! Qu'on dise encore après cela que l'amour est la plus douce, la plus agréable des passions.

Mais on pourrait faire des réflexions judicieuses sur ce chapitre jusqu'à la fin des siècles; c'est pourquoi, plutôt que de commencer, j'aime mieux laisser chacun tirer de là les conclusions qui lui plairont davantage.

Orchel et Katel se désolaient donc et ne savaient plus où donner de la tête. Mais Katel, dans les grandes circonstances, montrait ce qu'elle était.

«Orchel, dit-elle en défaisant la cravate de son maître, descendez tout de suite sur la place des Acacias; vous verrez, à droite de l'église, une ruelle, et, à gauche de la ruelle, une rangée de palissades vertes sur un petit mur. C'est là que demeure le docteur Kipert; il doit être en train de tailler ses œillets et ses rosiers, comme tous les jours. Vous lui direz que M. Kobus est malade et qu'on l'attend.