«Allons! hop! hop!» s'écria-t-il.
Et Foux repartit dans le chemin des coupes, en trottant comme s'il n'eût pas déjà fait trois fortes lieues de montagne.
Ah! la belle vue, le beau coucher de soleil, quand, au sortir des vallées, vous découvrez tout à coup la lumière pourpre du soir, à travers les hauts panaches des bouleaux effilés dans le ciel, et que les mille parfums des bois voltigent autour de vous, embaumant l'air de leur haleine odorante!
La voiture suivait la lisière de la forêt; parfois tout était sombre, les branches des grands arbres descendaient en voûte; parfois un coin de ciel rouge apparaissait derrière les mille plantes jaillissant des fourrés; puis tout se cachait de nouveau, les broussailles défilaient, et le soleil descendait toujours: on le voyait chaque fois, au fond des percées lumineuses, d'un degré plus bas. Bientôt les pointes des hautes herbes se découpèrent sur sa face de bon vivant, une véritable face de Silène, pourpre et couronnée de pampres. Enfin il disparut, et de longs voiles d'or l'enveloppèrent dans les abîmes. Les teintes grises de la nuit envahirent le ciel; quelques étoiles tremblotaient déjà au-dessus des sombres massifs de la forêt, dans les profondeurs de l'infini.
À cette heure, la rêverie de Kobus devint plus grande encore et plus intime; il écoutait les roues tourner dans le sable, le pied du cheval heurter un caillou, quelques petits oiseaux filer à l'approche de la voiture. Cela durait depuis longtemps, lorsque Hâan s'aperçut qu'une courroie était lâchée; il fit halte et descendit. Fritz entrouvrit les yeux pour voir ce qui se passait: la lune se levait, le sentier était plein de lumière blanche.
Et comme le percepteur serrait la boucle de la courroie, tout à coup des faneuses et des faucheurs, qui se rendaient chez eux après le travail, se mirent à chanter ensemble le vieux lied:
«Quand je pense à ma bien-aimée!»
Le silence de la nuit était grand, mais il parut grandir encore, et les forêts elles-mêmes semblèrent prêter l'oreille à ces voix graves et douces, confondues dans un sentiment d'amour.
Ces gens ne devaient pas être très loin; on entendait leurs pas sur la lisière du bois; ils marchaient en cadence.
Hâan et Kobus avaient entendu cent fois le vieux lied; mais alors, il leur sembla si beau, si bien en rapport avec l'heure silencieuse, qu'ils l'écoutèrent dans une sorte de ravissement poétique. Mais Fritz éprouvait une bien autre émotion que celle de Hâan: parmi ces voix s'en trouvait une, douce, haute, pénétrante, qui commençait toujours le couplet et finissait la dernière, comme un soupir du ciel. Il croyait reconnaître cette voix fraîche, tendre, amoureuse, et son cœur tout entier était dans son oreille.