J’entendais rouler derrière nous les pas de tous les gamins de la ville.
«Qu’ai-je donc fait?» demandai-je à l’un de mes gardiens.
Il regarda l’autre avec un sourire bizarre, et dit:
«Hans…il demande ce qu’il a fait!»
Ce sourire me glaça le sang.
Bientôt une ombre profonde enveloppa la voiture, les pas des chevaux retentirent sous une voûte. Nous entrions à la Raspelhaus…des griffes de Rap je tombais dans un cachot, d’où bien peu de pauvres diables ont eu la chance de se tirer.
De grandes cours obscures; des fenêtres alignées comme à l’hôpital et garnies de hottes; pas une touffe de verdure, pas un feston de lierre, pas même une girouette en perspective…voilà mon nouveau logement. Il y avait de quoi s’arracher les cheveux à pleines poignées.
Les agents de police, accompagnés du geôlier, m’introduisirent provisoirement dans un violon.
Le geôlier, autant que je m’en souviens, s’appelait Kasper Schlüssel; avec son bonnet de laine grise, son bout de pipe entre les dents, et son trousseau de clefs à la ceinture, il me produisit l’effet du dieu Hibou des Caraïbes. Il en avait les grands yeux ronds dorés, qui voient dans la nuit, le nez en virgule, et le cou perdu dans les épaules.
Schlüssel m’enferma tranquillement, comme on serre des chaussettes dans une armoire, en rêvant à autre chose. Quant à moi, les mains croisées sur le dos, la tête inclinée, je restai plus de dix minutes à la même place. Puis, je regardai ma prison. Elle venait d’être blanchie à neuf, et ses murailles n’offraient encore aucun dessin, sauf dans un coin un gibet grossièrement ébauché par mon prédécesseur. Le jour venait d’un œil-de-bœuf situé à neuf ou dix pieds de hauteur; l’ameublement se composait d’une botte de paille et d’un baquet.