Lorsque je revins à moi, la voiture roulait lentement dans la rue; une autre nous précédait. Les deux agents de sûreté étaient toujours là. L’un d’eux, pendant la route, offrit une prise de tabac à son confrère; machinalement j’étendis les doigts vers la tabatière, il la retira vivement.

Le rouge de la honte me monta au visage, et je détournai la tête pour cacher mon émotion.

«Si vous regardez dehors, dit l’homme à la tabatière, nous serons forcés de vous mettre les menottes.»

«Que le diable t’étrangle, infernal gredin!» pensai-je en moi-même. Et comme la voiture venait de s’arrêter, l’un d’eux descendit, tandis que l’autre me retenait par le collet; puis, voyant son camarade prêt à me recevoir, il me poussa rudement dehors.

Ces précautions infinies pour s’assurer de ma personne ne m’annonçaient rien de bon; mais j’étais loin de prévoir toute la gravité de l’accusation qui pesait sur ma tête, quand une circonstance affreuse m’ouvrit enfin les yeux, et me jeta dans le désespoir.

On venait de me pousser dans une allée basse, à pavés rompus, inégaux; le long du mur coulait un suintement jaunâtre, exhalant une odeur fétide. Je marchais au milieu des ténèbres, deux hommes derrière moi. Plus loin apparaissait le clair-obscur d’une cour intérieure.

A mesure que j’avançais, la terreur me pénétrait de plus en plus. Ce n’était point un sentiment naturel: c’était une anxiété poignante, hors nature comme le cauchemar. Je reculais instinctivement à chaque pas.

«Allons donc! criait l’un des agents de police en m’appuyant la main sur l’épaule; marchez!»

Mais quelle ne fut pas mon épouvante, lorsque au bout du corridor, je vis la cour que j’avais dessinée la nuit précédente, avec ses murs garnis de crocs, ses amas de vieilles ferrailles, sa cage à poules et sa cabane à lapins… Pas une lucarne grande ou petite, haute ou basse, pas une vitre fêlée, pas un détail n’avait été omis!

Je restai foudroyé par cette étrange révélation.