Je reconnus aussi le petit Jean, que je n'avais vu qu'une fois. Et le commandant, et le sergent Laflèche, et le capitaine que j'avais conduit dans notre grenier, et tous les soldats, oui, presque tous je les reconnaissais; il me semblait être dans une grande famille.

Je courais à travers tout le monde, Hans Aden et Frantz Sépel avaient déjà trouvé des camarades, moi je marchais toujours, j'étais à trente pas de la charrette et j'allais appeler: «Oncle! oncle!» quand madame Thérèse, se penchant par hasard, s'écria d'une voix joyeuse:

«Voici Scipio!»

Dans le même instant, Scipio, que j'avais oublié chez nous, tout effaré, tout crotté, sautait dans la voiture.

Aussitôt petit Jean s'écria: «Scipio!»

Et le brave caniche bondit à terre et se mit à danser autour de petit Jean, aboyant, poussant des cris et se démenant comme un bienheureux.

Tout le bataillon l'appelait:

«Scipio, ici!... Scipio!... Scipio!»

L'oncle venait de m'apercevoir et me tendait les bras du haut de son cheval. Je m'accrochai à sa jambe, il me leva et m'embrassa; je sentis qu'il pleurait et cela m'attendrit. Il me tendit ensuite à madame Thérèse, qui m'attira dans sa charrette en me disant:

«Bonjour, Fritzel.»