L'oncle Jacob aimait ce vieux soldat; quelquefois, en le voyant passer, il frappait à la vitre et lui criait: «Adam, entrez donc!»

Aussitôt l'autre entrait, sachant que l'oncle avait du véritable cognac de France dans une armoire, et qu'il l'appelait pour lui en offrir un petit verre.

Nous fîmes donc halte devant sa maison, et Frantz Sépel nous dit:

«Regardez-moi[4] ce traîneau. Je parie que le père Schmitt nous le prêtera, pourvu que Fritzel entre hardiment, et qu'il dise: «Père Adam, prêtez-nous votre schlitte!» Oui je parie qu'il nous le prêtera, j'en suis sûr; seulement il faut du courage.»

J'étais devenu tout rouge. Tous les camarades, au coin de la maison, me poussaient par l'épaule en disant:

«Entre, il te le prêtera!

--Je n'ose pas, leur disais-je tout bas.

--Tu n'as pas de courage, répondait Hans Aden; à ta place, moi, j'entrerais tout de suite.

--Laissez-moi seulement regarder un peu s'il est de bonne humeur.»

Alors je me penchai vers la petite fenêtre, et, regardant du coin de l'oeil, je vis le père Schmitt assis devant la pierre de l'âtre, où brillaient quelques braises au milieu d'un tas de cendres. Il fumait sa pipe de terre, qui dépassait un peu de côté[1] sa joue creuse.