Koffel faisait de tout: [3] il rafistolait la vaisselle fêlée avec du fil de fer, [4] il étamait les casseroles, il réparait les vieux meubles détraqués, il remettait l'orgue en bon état quand les flûtes ou les soufflets étaient dérangés; l'oncle Jacob avait même dû lui défendre de redresser les jambes et les bras cassés, car il se sentait aussi du talent pour la médecine. Le mauser l'admirait beaucoup et disait quelquefois: «Quel dommage que Koffel n'ait pas étudié!... quel dommage!»
Mais tout cela ne faisait pas bouillir sa marmite, et le plus clair de ses ressources était encore d'aller couper de la choucroute en automne, son tiroir à rabots [1] sur le dos en forme de hotte, criant de porte en porte: «Pas de choux? [2] pas de choux?»
Voilà [3] pourtant comment les grands esprits sont récompensés.
Koffel entrait quelques instants après le mauser, et, s'avançant à petits pas, il disait d'un air grave:
«Bon appétit, monsieur le [4] docteur.
--Si le coeur vous en dit? [5] répondait l'oncle.
--Bien des remerciements; nous avons mangé ce soir de la salade; c'est ce que j'aime le mieux.»
Après ces paroles, Koffel allait s'asseoir derrière le fourneau et ne bougeait pas jusqu'au moment où l'oncle disait:
«Allons, Lisbeth, allume la chandelle et lève la nappe.»
Alors, à son tour, l'oncle bourrait sa pipe et se rapprochait du fourneau. On se mettait à causer de la pluie et du beau temps, [6] etc.; le taupier avait posé tant d'attrapes pendant la journée, ou bien il venait de retirer tant de miel de ses ruches.