-- Veuillez vous asseoir, monsieur,» dit l'oncle.

L'homme resta debout.

L'oncle, en relisant la lettre, devint tout pâle et durant une minute il parut comme troublé, regardant madame Thérèse d'un oeil vague.

«Je dois rapporter la réponse s'il y en a, dit l'homme.

--Vous direz à Feuerbach que je le remercie; c'est toute la réponse.»

Puis, sans rien ajouter, il sortit la tête nue, avec le messager que nous vîmes s'éloigner dans la rue, conduisant son cheval par la bride, vers l'auberge du Cruchon-d'Or. Nous vîmes aussi l'oncle passer devant les fenêtres et entrer sous le hangar. Madame Thérèse parut alors inquiète.

«Fritzel, dit-elle, va porter son bonnet à ton oncle.»

Je sortis aussitôt et je vis l'oncle qui se promenait de long en large devant la grange; il tenait toujours la lettre, sans avoir l'idée de la mettre en poche. Spick, du seuil de la maison, le regardait d'un air étrange, les mains croisées sur sa hache; deux ou trois voisins regardaient aussi derrière leurs vitres.

Il faisait très froid dehors, je rentrai. Madame Thérèse avait déposé son ouvrage et restait pensive, le coude au bord de la fenêtre; moi, je m'assis derrière le fourneau sans avoir envie de ressortir.

Je me rappelle bien que l'oncle rentra quelques instants après, en disant que les hommes étaient des gueux, des êtres qui ne cherchaient qu'à se[1] nuire; qu'il s'assit à l'intérieur de la petite fenêtre, non loin de la porte, et qu'il se mit à lire la lettre de son ami Feuerbach; tandis que madame Thérèse l'écoutait debout à gauche, droite et calme.