« Laissez faire, laissez faire… ne craignez rien, Fritzel ; je vous dis que votre chien connaît la politique… l’autre n’est qu’une grosse bête qui n’a rien vu. »

Et se tournant vers Scipio, il lui répétait toujours :

« Attention ! attention ! »

Scipio ne bougeait pas ; il se tenait le derrière dans le coin de la fenêtre, la tête droite, ses yeux luisants sous ses grands poils frisés, et, dans le coin de sa moustache tremblotante, on voyait une dent blanche très pointue.

Le grand roux s’avançait la tête penchée et le poil hérissé tout le long de son échine maigre. Ils grondaient tous deux, jusqu’au moment où Max fit un bond pour saisir Scipio à la gorge ; aussitôt trois ou quatre éclats de voix brefs, terribles, partirent à la fois. Scipio s’était baissé pendant que l’autre l’attrapait à la tignasse, et d’un coup de dent sec il lui faisait claquer la patte. C’est alors qu’il fallut entendre les cris plaintifs de Max, et qu’il fallut le voir se glisser en boitant sous les tables ; il filait comme un éclair entre les jambes, en répétant ses cris aigus qui vous perçaient les oreilles.

M. Richter s’était levé furieux pour tomber sur Scipio ; mais, au même instant, le mauser avait pris son bâton au coin de la porte, et disait :

« Monsieur Richter, si votre grosse bête est mordue, à qui la faute ? Vous l’avez assez excitée ; maintenant elle est peut-être estropiée, ça vous apprendra ! »

Et le vieux Schmitt, riant jusqu’aux larmes, faisait mettre Scipio entre ses genoux et criait :

« Je savais bien qu’il connaissait les finesses de la guerre ; hé ! hé ! hé ! nous avons remporté les drapeaux et les canons. »

Tous les assistants riaient avec lui ; de sorte que M. Richter, indigné, chassa lui-même son chien dans la rue à grands coups de pied, pour ne plus entendre ses cris. Il aurait bien voulu en faire autant à Scipio, mais tout le monde était dans l’étonnement de son courage et de son bon sens naturel.