— Je veux bien, lui répondis-je.

— Oui, arrive ici, sur le perron ; nous partirons ensemble. »

Avant de nous séparer, Hans Aden me demanda s’il pouvait passer le doigt au fond de l’assiette ; je lui donnai cette permission, et il trouva le miel très bon. Après quoi, chacun reprit son chemin, et je rentrai chez nous vers onze heures et demie.

« Ah ! te voilà ! s’écria Lisbeth en me voyant entrer dans la cuisine, je croyais que tu ne reviendrais plus ; Dieu du ciel, il t’en faut, à toi, du temps pour faire une commission ! »

Je lui racontai ma rencontre avec le mauser sur l’escalier du Cruchon-d’Or, la dispute de Koffel, du vieux Schmitt et du taupier contre M. Richter, la grande bataille de Max et de Scipio ; et, finalement, la manière dont le mauser m’avait recommandé de dire qu’il ne voulait pas d’argent pour son miel, et qu’il l’offrait de bien bon cœur à la dame française, une personne « respectable ».

Comme la porte était ouverte, madame Thérèse entendit ces choses et me dit de venir. Alors je vis qu’elle était attendrie, et quand je lui présentai le miel, elle l’accepta.

« C’est bien, Fritzel, dit-elle, les larmes aux yeux, c’est bien mon enfant, je suis contente, bien contente de ce présent ; l’estime des honnêtes gens nous fait toujours beaucoup de plaisir. Lorsque le mauser viendra, je veux le remercier moi-même. »

Puis elle se pencha et passa la main sur la tête de Scipio, qui se tenait devant le lit, le nez en l’air ; elle souriait, et dit :

« Hé ! Scipio, tu soutiens donc aussi la bonne cause ? »

Lui, voyant la joie briller dans ses yeux, se mit à aboyer tout haut ; il se plaça même sur son derrière, comme pour faire l’exercice.