Cette idée me paraissait terrible.
J’allais partir, quand enfin Hans Aden traversa la place ; il regardait vers notre maison, épiant du coin de l’œil ; mais il n’eut pas besoin d’épier longtemps : j’étais déjà dans l’allée et j’ouvrais la porte, sans prévenir Scipio cette fois. Puis je courus le long du mur, de crainte d’une commission ou de tout autre empêchement : il peut vous arriver tant de malheurs dans ce bas monde ! Et ce n’est que bien loin de là, dans la ruelle des Orties, que Hans Aden et moi nous fîmes halte pour reprendre haleine.
« Tu as du blé, Hans Aden ?
— Oui.
— Et ton couteau ?
— Sois donc tranquille, le voilà. Mais écoute, Fritzel, je ne peux pas tout porter ; il faut que tu prennes les briques et moi les tuiles.
— Oui ; allons. »
Et nous repartîmes à travers champs, derrière le village, ayant de la neige jusqu’aux hanches. Le mauser, Koffel, l’oncle lui-même nous auraient appelés alors, que nous nous serions sauvés comme des voleurs, sans tourner la tête.
Nous arrivâmes bientôt à la vieille tuilerie abandonnée, car on cuit rarement en hiver, et nous prîmes notre charge de briques. Puis remontant la prairie, nous traversâmes les haies du Postthâl toutes couvertes de givre, juste en face des grands fumiers carrés, derrière les écuries et le hangar. Déjà de loin, nous voyions les moineaux alignés au bord du toit.
« Je te le disais bien, faisait Hans Aden ; écoute… écoute !… »