Deux minutes après nous posions nos attrapes entre les fumiers, en déblayant la neige au fond. Hans Aden tailla les petites fourches, plaça les tuiles avec délicatesse, puis il sema le blé tout autour. Les moineaux nous contemplaient du haut des toits, en tournant légèrement la tête sans rien dire. Hans Aden se releva, s’essuyant le nez du revers de la manche, et clignant de l’œil pour observer les moineaux.
« Arrive, fit-il tout bas ; ils vont tous descendre. »
Nous entrâmes sous le hangar, pleins de bonnes espérances, et dans le même instant toute la bande disparut. Nous pensions qu’ils reviendraient ; mais jusque vers quatre heures nous restâmes blottis derrière les bottes de paille, sans entendre un cri de moineau. Ils avaient compris ce que nous faisions, et s’en étaient allés bien loin, à l’autre bout du village.
Qu’on juge de notre désespoir ! Hans Aden, malgré son bon caractère, éprouvait une indignation terrible, et moi-même je faisais les plus tristes réflexions, pensant qu’il n’y a rien de plus bête au monde que de vouloir prendre des moineaux en hiver, lorsqu’ils n’ont que la peau et les os, et qu’il en faudrait quatre pour faire une bouchée.
Enfin, las d’attendre et voyant le jour baisser, nous revînmes au village, en suivant la grande route, grelottant, les mains dans les poches, le nez humide et le bonnet tiré sur la nuque d’un air piteux.
Lorsque j’arrivai chez nous, il faisait nuit. Lisbeth préparait le souper ; mais comme j’éprouvais une sorte de honte à lui raconter la façon dont les moineaux s’étaient moqués de nous, au lieu de courir à la cuisine, selon mon habitude, j’ouvris tout doucement la porte de la salle obscure, et j’allai m’asseoir sans bruit derrière le fourneau.
Rien ne bougeait ; Scipio dormait sous le fauteuil, la tête sur la hanche, et je me réchauffais depuis un quart d’heure, écoutant bourdonner la flamme, lorsque madame Thérèse, qui semblait dormir, me dit d’une voix douce :
« C’est toi, Fritzel ?
— Oui, madame Thérèse, lui répondis-je.
— Tu te réchauffes ?