« Le lendemain donc, l’attaque commença sur la gauche ; les Républicains, conduits par le général Ambert, se mirent à grimper le ravin au pas de charge en criant : « Landau ou la mort ! » Dans ce moment même, Hoche devait attaquer le centre ; mais il était couvert de bois et de hauteurs, il lui fut impossible d’arriver à temps ; le général Ambert dut reculer sous le feu des Prussiens ; il avait toute l’armée de Brunswick contre lui. Le jour suivant, 29 novembre, c’est Hoche qui attaqua par le centre ; le général Ambert devait tourner la droite, mais il s’égara dans les montagnes, de sorte que Hoche fut accablé à son tour. Malgré cela, l’attaque devait recommencer le lendemain 30 novembre. Ce jour-là, Brunswick fit un mouvement en avant, et les Républicains, de crainte d’être coupés, se mirent en retraite.
« Voilà ce que je sais de positif, et de la bouche même d’un commandant républicain, blessé d’un coup de feu à la hanche, le second jour de la bataille. Le docteur Feuerbach, un de mes vieux amis d’Université, m’a conduit près de cet homme ; sans cela je n’aurais rien appris au juste, car des Prussiens on ne peut tirer que des vanteries.
« Toute la ville parle de ces événements, mais chacun à sa manière ; une grande agitation règne encore là-bas ; des convois de blessés partent sans cesse pour Mayence ; l’hôpital de la ville est encombré de malades, et les bourgeois sont forcés de recevoir des blessés chez eux, en attendant qu’il soit possible de les évacuer… »
On pense avec quelle attention madame Thérèse écoutait ce récit.
— Je vois… je vois… disait-elle tristement la main appuyée contre la tempe, nous avons manqué d’ensemble.
— Justement, vous avez manqué d’ensemble, voilà ce que tout le monde dit à Kaiserslautern ; mais cela n’empêche pas que l’on reconnaisse le courage et même l’audace extraordinaire de vos Républicains. Quand ils criaient : « Landau ou la mort ! » au milieu du roulement de la fusillade et du grondement des canons, toute la ville les entendait, il y avait de quoi vous faire frémir. Maintenant ils sont en retraite, mais Brunswick n’a pas osé les poursuivre. »
Il y eut un instant de silence, et madame Thérèse demanda :
« Et comment savez-vous que notre bataillon n’a pas donné, monsieur le docteur ?
— Ah ! c’est par le commandant républicain ; il m’a dit que le premier bataillon de la deuxième brigade avait éprouvé de grandes pertes dans un village de la montagne quelques jours auparavant, en poussant une reconnaissance du côté de Landau, et que, pour cette raison, on l’avait mis à la réserve. C’est alors que j’ai vu qu’il savait exactement les choses.
— Comment s’appelle ce commandant ?