Et madame Thérèse finit par dire :
« Monsieur le docteur, ne parlez pas ainsi, ou je serai forcée de m’en aller. Je vous en prie, ne parlez plus de tout cela.
— Je vous ai dit ce que je pense, répondit l’oncle en se levant, et maintenant je n’en parlerai plus, puisque telle est votre volonté ; mais cela ne m’empêchera pas d’honorer en vous une douce et noble créature, et d’être fier de vous avoir donné mes soins. Et le commandant m’a dit aussi quel était votre père et quels étaient vos frères : des gens simples, naïfs, partis tous ensemble pour défendre ce qu’ils croyaient être la justice. Quand tant de milliers d’hommes orgueilleux ne pensent qu’à leurs intérêts, et, je le dis à regret, quand ils se croient nobles en ne songeant qu’aux choses de la matière, on aime à voir que la vraie noblesse, celle qui vient du désintéressement et de l’héroïsme, se réfugie dans le peuple. Qu’ils soient Républicains ou non, qu’importe ! je pense, en âme et conscience, que les vrais nobles à la face de l’Éternel sont ceux qui remplissent leur devoir. »
L’oncle, dans son exaltation, allait et venait dans la salle, se parlant à lui-même. Madame Thérèse, ayant essuyé ses larmes, le regardait en souriant et lui dit :
« Monsieur le docteur, vous nous avez apporté de bonnes nouvelles, merci, merci ! Maintenant je vais aller mieux.
— Oui, répondit l’oncle en s’arrêtant, vous irez de mieux en mieux. Mais voici l’heure du repos ; la fatigue a été longue, et je crois que ce soir nous dormirons tous bien. Allons, Fritzel, allons, Lisbeth, en route ! Bonsoir, madame Thérèse.
— Bonne nuit, monsieur le docteur. »
Il prit la chandelle, et le front penché, tout rêveur, il monta derrière nous.
CHAPITRE XII
Le lendemain fut un jour de bonheur pour la maison de l’oncle Jacob.