Moi, voyant qu’il voulait me laver, je sautai de mon lit, et d’un seul bond je pris mes habits et je descendis quatre à quatre. Les éclats de rire de l’oncle remplissaient toute la maison.
« Ah ! tu ferais un fameux Républicain, toi ! s’écriait-il ; le petit Jean aurait besoin de te battre joliment la charge pour te donner du courage. »
Mais une fois dans la cuisine, je me moquais bien de ses railleries ! Je m’habillai auprès d’un bon feu, je me lavai avec de l’eau tiède que me versa Lisbeth ; cela me parut bien meilleur que d’avoir tant de courage, et je commençais à contempler la soupière d’un œil attendri, lorsque l’oncle descendit à son tour ; il me pinça l’oreille et dit à Lisbeth :
« Eh bien ! eh bien ! comment va madame Thérèse, ce matin ? La nuit s’est bien passée, j’espère ?
— Entrez, répondit la vieille servante d’un accent de bonne humeur, entrez, monsieur le docteur, quelqu’un veut vous parler. »
L’oncle entra, je le suivis, et d’abord nous fûmes très étonnés de ne voir personne dans la salle, et les rideaux de l’alcôve tirés. Mais notre étonnement fut encore bien plus grand lorsque, nous étant retournés, nous vîmes madame Thérèse dans son habit de cantinière, — la petite veste à boutons de cuivre fermée jusqu’au menton, et la grosse écharpe rouge autour du cou, — assise derrière le fourneau ; elle était comme nous l’avions vue la première fois, seulement un peu plus pâle, et son chapeau sur la table, de sorte que ses beaux cheveux noirs, partagés au milieu du front, lui retombaient sur les épaules et qu’on aurait dit un jeune homme. Elle souriait à notre étonnement, et tenait la main posée sur la tête de Scipio assis auprès d’elle.
« Seigneur Dieu ! fit l’oncle. Comment, c’est vous, madame Thérèse…! Vous êtes levée ! »
Puis il ajouta d’un air d’inquiétude :
« Quelle imprudence ! »
Mais elle, continuant de sourire, lui tendit la main d’un air de reconnaissance, en le regardant de ses grands yeux noirs avec expression, et lui répondit :