En même temps il courut à la cuisine, et comme il ne revenait pas tout de suite, madame Thérèse me fit signe d’approcher ; elle me prit la tête entre ses mains et m’embrassa, écartant mes cheveux.

« Tu es un bon enfant, Fritzel, me dit-elle ; tu ressembles à petit Jean. »

J’étais tout fier de ressembler à petit Jean.

Alors l’oncle rentra, clignant des yeux d’un air de satisfaction intérieure.

« Aujourd’hui, dit-il, je ne bouge pas de chez nous ; il faut aussi de temps en temps que l’homme se repose. Je vais seulement faire un petit tour au village, pour avoir la conscience nette, et puis je rentre passer toute la journée en famille, comme au bon temps où la grand-mère Lehnel vivait encore. On a beau dire, ce sont les femmes qui font l’intérieur d’une maison ! »

Tout en parlant de la sorte, il se coiffait de son gros bonnet et se jetait la houppelande sur l’épaule. Puis il sortit en nous souriant.

Madame Thérèse était devenue toute rêveuse ; elle se leva, poussa le fauteuil près d’une fenêtre, et se mit à regarder la place de la fontaine d’un air grave. Moi, je sortis déjeuner dans la cuisine avec Scipio.

Environ une demi-heure après, j’entendis l’oncle qui rentrait en disant :

« Eh bien ! me voilà libre jusqu’au soir, madame Thérèse ; j’ai fait ma tournée, tout est en ordre, et rien ne m’oblige plus de sortir. »

Depuis un instant, Scipio grattait à la porte, je lui ouvris et nous entrâmes ensemble dans la salle. L’oncle venait de suspendre sa houppelande au mur, et regardait madame Thérèse encore à la même place et toute mélancolique.