Les choses se poursuivirent ainsi plusieurs jours. Le mauser et Koffel arrivaient tous les soirs, selon leur habitude ; madame Thérèse était complètement rétablie, et cela semblait devoir durer jusqu’à la consommation des siècles, lorsqu’un événement extraordinaire vint troubler notre quiétude, et pousser l’oncle Jacob aux entreprises les plus audacieuses.

CHAPITRE XIV

Un matin l’oncle Jacob lisait gravement le catéchisme républicain derrière le fourneau ; madame Thérèse cousait près de la fenêtre, et moi j’attendais un bon moment pour m’échapper avec Scipio.

Dehors, notre voisin Spick fendait du bois ; aucun autre bruit ne s’entendait au village.

La lecture de l’oncle semblait l’intéresser beaucoup ; de temps en temps il levait sur nous un regard en disant :

« Ces Républicains ont de bonnes choses ; ils voient les hommes en grand… leurs principes élèvent l’âme… C’est vraiment beau ! Je conçois que la jeunesse adopte leurs doctrines, car tous les êtres jeunes, sains de corps et d’esprit, aiment la vertu ; les êtres décrépits avant l’âge par l’égoïsme et les mauvaises passions peuvent seuls admettre des principes contraires. Quel dommage que de pareilles gens recourent sans cesse à la violence !… »

Alors madame Thérèse souriait, et l’on se remettait à lire. Cela durait depuis environ une demi-heure, et Lisbeth, après avoir balayé le seuil de la maison, était sortie faire sa partie de commérage chez la vieille Rœsel, comme à l’ordinaire, lorsque tout à coup un homme à cheval s’arrêta devant notre porte. Il avait un gros manteau de drap bleu, un bonnet de peau d’agneau, le nez camard et la barbe grise.

L’oncle venait de déposer son livre ; nous regardions tous cet inconnu par les fenêtres.

« On vient vous chercher pour quelque malade, monsieur le docteur », dit madame Thérèse.

L’oncle ne répondit pas.