Cela durait depuis une demi-heure, et la nuit était venue, lorsque l’oncle ouvrit la porte, en demandant :

« Êtes-vous là, madame Thérèse ?

— Oui, monsieur le docteur.

— Bon… bon… J’ai vu mes malades… J’ai prévenu Koffel, le mauser et le vieux Schmitt ; tout va bien ; ils seront ici ce soir pour recevoir vos adieux. »

Sa voix était raffermie. Il alla lui-même chercher de la lumière à la cuisine, et, nous voyant ensemble en rentrant, cela parut le réjouir.

« Fritzel se conduit bien, dit-il. Maintenant il va perdre vos bonnes leçons ; mais j’espère qu’il s’exercera tout seul à lire en français, et qu’il se rappellera toujours qu’un homme ne vaut que par ses connaissances. Je compte là-dessus. »

Alors madame Thérèse lui fit voir son petit paquet en détail ; elle souriait, et l’oncle disait :

« Quel heureux caractère ont ces Français ! Au milieu des plus grandes infortunes, ils conservent un fond de gaieté naturelle ; leur désolation ne dure jamais plusieurs jours. Voilà ce que j’appelle un présent de Dieu, le plus beau, le plus désirable de tous. »

Mais de cette journée, — dont le souvenir ne s’effacera jamais de ma mémoire, parce qu’elle fut la première où je vis la tristesse de ceux que j’aimais ; — de tout ce jour, ce qui m’attendrit le plus, ce fut quelques instants avant le souper, lorsque, tranquillement assise derrière le poêle, la tête de Scipio sur les genoux, et regardant au fond de la salle obscure d’un air rêveur, madame Thérèse se prit tout à coup à dire :

« Monsieur le docteur, je vous dois bien des choses… et cependant il faut que je vous fasse encore une demande.