« Voilà, mes chers amis, ce qu’on appelle le combat de Wœrth et de Frœschwiller, dont la nouvelle a dû vous parvenir au moment où je vous écris, et qui restera toujours présent à ma mémoire.

« Depuis ce moment, je n’ai rien vu de nouveau ; mais que d’ouvrage nous avons eu ! Jour et nuit il a fallu couper, trancher, amputer, tirer des balles ; nos ambulances sont encombrées de blessés : c’est une chose bien triste.

« Cependant, le lendemain de la victoire, l’armée s’était portée en avant. Quatre jours après, nous avons appris que les conventionnels Lacoste et Baudot, ayant reconnu que la rivalité de Hoche et de Pichegru nuisait aux intérêts de la République, avaient donné le commandement à Hoche tout seul, et que celui-ci, se voyant à la tête des deux armées du Rhin et de la Moselle, sans perdre une minute, en avait profité pour attaquer Wurmser sur les lignes de Wissembourg ; qu’il l’avait battu complètement au Gaisberg, de sorte qu’à cette heure les Prussiens sont en retraite sur Mayence, les Autrichiens sur Gemersheim, et que le territoire de la République est débarrassé de tous ses ennemis.

« Quant à moi, je suis maintenant à Wissembourg, accablé d’ouvrage ; madame Thérèse, le petit Jean et les restes du 1er bataillon occupent la place, et l’armée marche sur Landau, dont l’heureuse délivrance fera l’admiration des siècles futurs.

« Bientôt, bientôt, mes chers amis, nous suivrons l’armée, nous passerons par Anstatt, couronnés des palmes de la victoire ; nous pourrons encore une fois vous serrer sur nos cœurs, et célébrer avec vous le triomphe de la justice et de la liberté.

« O chère liberté ! rallume dans nos âmes le feu sacré dont brûlèrent jadis tant de héros ; forme au milieu de nous des générations qui leur ressemblent ; que le cœur de tout citoyen tressaille à ta voix ; inspire le sage qui mérite ; porte l’homme courageux aux actions héroïques ; anime le guerrier d’un enthousiasme sublime ; que les despotes qui divisent les nations pour les opprimer disparaissent de ce monde, et que la sainte fraternité réunisse tous les peuples de la terre dans une même famille !

« Avec ces vœux et ces espérances, la bonne madame Thérèse, petit Jean et moi nous vous embrassons de cœur.

« Jacob Wagner. »

« P.-S. — Petit Jean recommande à son ami Fritzel d’avoir bien soin de Scipio. »

La lettre de l’oncle Jacob nous remplit tous de joie, et l’on peut s’imaginer avec quelle impatience nous attendîmes dès lors le 1er bataillon.