— A la fenêtre », lui dis-je.
Alors il devint tout pâle et s’écria :
« Lisbeth ! Lisbeth ! »
Mais elle ne répondit pas, et même il nous fut impossible de la trouver ; nous allions dans toutes les chambres, regardant jusque sous les lits, et nous pensions qu’elle s’était sauvée chez quelque voisine.
Dans cet intervalle, on finit par se rendre maître du feu, et tout à coup nous entendîmes les Autrichiens crier dehors : « Place… place… En arrière ! »
En même temps, un régiment de Croates passa devant chez nous comme la foudre. Ils s’élançaient à la poursuite des Républicains ; mais nous apprîmes le lendemain qu’ils étaient arrivés trop tard ; l’ennemi avait gagné les bois de Rothalps, qui s’étendent jusque derrière Pirmasens. C’est ainsi que nous comprîmes enfin pourquoi ces gens avaient barricadé la rue et mis le feu aux maisons : ils voulaient retarder la poursuite de la cavalerie, et cela montre bien leur grande expérience des choses de la guerre.
Depuis ce moment jusqu’à cinq heures du soir, deux brigades autrichiennes défilèrent dans le village sous nos fenêtres : des uhlans, des dragons, des houzards ; puis des canons, des fourgons, des caissons ; puis vers trois heures, le général en chef, au milieu de ses officiers, un grand vieillard coiffé d’un tricorne et vêtu d’une longue polonaise blanche, tellement couverte de torsades et de broderies d’or, qu’à côté de lui le commandant républicain, avec son chapeau et son uniforme râpés, n’aurait eu l’air que d’un simple caporal.
Le bourgmestre et les conseillers d’Anstatt, en habit de bure à larges manches, la tête découverte, l’attendaient sur la place. Il s’y arrêta deux minutes, regarda les morts entassés autour de la fontaine, et demanda :
« Combien d’hommes les Français étaient-ils ?
— Un bataillon, Excellence », répondit le bourgmestre courbé en demi-cercle.