Nous recommençâmes nos recherches, du grenier à la cave, et seulement à la fin, comme nous allions remonter, nous vîmes derrière notre tonne de choucroute, entre les deux soupiraux, un paquet de linge dans l’ombre, que l’oncle se mit à secouer.

Aussitôt Lisbeth, d’une voix plaintive, s’écria :

« Ne me tuez pas ! Au nom du ciel, ayez pitié de moi !

— Lève-toi, dit l’oncle avec bonté ; tout est fini ! »

Mais Lisbeth était encore si troublée, qu’elle avait de la peine à mettre un pied devant l’autre, et qu’il me fallut la conduire en haut par la main, comme une enfant. Alors, revoyant le jour dans sa cuisine, elle s’assit au coin de l’âtre et fondit en larmes, priant et remerciant le Seigneur de l’avoir sauvée ; ce qui prouve bien que les vieilles gens tiennent à la vie autant que les jeunes.

Les heures de désolation qui suivirent, et le mouvement que dut se donner l’oncle pour se rendre à l’appel de tous les malheureux qui réclamaient ses soins resteront toujours présents à ma mémoire. Il ne se passait pas d’instant qu’une femme ou bien un enfant n’entrât chez nous en s’écriant :

« Monsieur le docteur… bien vite… qu’il vienne ! mon mari… mon frère… ma sœur sont malades ! »

L’un avait été blessé, l’autre était devenu comme fou de peur ; l’autre, étendu tout de son long, ne donnait plus signe de vie.

L’oncle ne pouvait être partout.

« Vous le trouverez dans telle maison, disais-je à ces malheureux ; dépêchez-vous. »