C’est pourtant bien malheureux que la vieille Allemagne ait des soldats plus à craindre pour elle que les Français. Le Seigneur nous préserve d’avoir encore besoin de leur secours !
Nous autres enfants, Hans Aden, Frantz Sépel, Nikel Johann et moi, nous allions de porte en porte, regardant les tuiles cassées, les volets brisés, les hangars défoncés, et ramassant les guenilles, les papiers de cartouches, les balles aplaties le long des murs.
Ces trouvailles nous réjouissaient tellement, que pas un n’eut l’idée de rentrer avant la nuit close.
Vers deux heures, nous fîmes la rencontre de Zaphéri Schmouck, le fils du vannier, qui redressait sa tête rousse et semblait plus fier que d’habitude. Il tenait quelque chose caché sous sa blouse ; et comme nous lui demandions : « Qu’est-ce que tu as ? » il nous fit voir la crosse d’un grand pistolet de uhlan.
Alors toute la bande le suivit.
Il marchait au milieu de nous comme un général, et à chaque nouvelle rencontre, nous disions : « Il a un pistolet ! » Le nouveau venu se joignait à la troupe.
Nous n’aurions pas quitté Schmouck pour un empire ; il nous semblait que la gloire de son pistolet rejaillissait sur nous.
Voilà bien les enfants, et voilà bien les hommes !
Chacun de nous se vantait des dangers qu’il avait courus pendant la grande bataille :
« J’ai entendu siffler les balles, disait Frantz Sépel, deux sont entrées dans notre cuisine.