Tout cela, dans une seconde, me revint à l’esprit, et, moitié triste, moitié content, je me dis : « C’est l’hiver ! »

Puis, songeant qu’il devait faire bon être assis en face de l’âtre, devant une soupe à la farine, comme les apprêtait Lisbeth, je sautai de mon lit et je m’habillai bien vite, tout frileux. Après quoi, sans prendre le temps de mettre la seconde manche de ma veste, je descendis l’escalier roulant comme une boule.

Lisbeth balayait l’allée. La porte de la cuisine était ouverte ; aussi malgré le beau feu qui dansait autour de la crémaillère, je me dépêchai d’entrer dans la chambre.

L’oncle Jacob venait de rentrer d’une visite ; sa grosse houppelande fourrée de renard et son bonnet de loutre étaient pendus au mur, et ses grosses bottes debout près du fourneau ; il prenait un petit verre de kirschenwasser avec le mauser, qui avait veillé cette nuit-là. Tous deux semblaient de bonne humeur.

« Ainsi, disait l’oncle, la nuit s’est bien passée ?

— Très bien, monsieur le docteur, nous avons tous dormi : la femme dans son lit, moi dans le fauteuil, et le chien sous le rideau. Personne n’a remué. Ce matin, en ouvrant la fenêtre, j’ai vu le pays aussi blanc que Hans Wurst, lorsqu’il sort de son sac de farine ; tout cela s’était fait sans bruit. Et comme j’ouvrais la fenêtre, vous remontiez déjà la rue ; j’avais envie de vous crier « bonjour ! » mais la femme dormait encore, je n’ai pas voulu l’éveiller.

— Bon, bon, vous avez bien fait. A votre santé, mauser !

— A la vôtre, monsieur le docteur ! »

Ils humèrent d’un trait leurs petits verres, et les remirent sur la table en souriant.

« Tout va bien, reprit l’oncle, la blessure se ferme, la fièvre diminue, mais les forces manquent encore, le pauvre être a perdu trop de sang. Enfin, enfin, tout cela reviendra. »