Je m’étais assis près du fourneau. Le chien sortit alors de l’alcôve et vint caresser l’oncle, qui, le regardant, se prit à dire :

« Quelle bonne bête ! Tenez, mauser, est-ce qu’on ne dirait pas qu’il nous comprend ? Est-ce qu’il ne paraît pas plus joyeux ce matin ? On ne m’ôtera jamais de l’esprit que ces animaux comprennent bien des choses : s’ils ont moins de jugement que nous, ils ont souvent plus de cœur.

— C’est clair, fit le mauser. Moi, tout le temps de la fièvre, je ne regardais que le chien et je pensais : « Il est triste, ça va mal ! — Il est gai, ça va bien ! » Ma foi, je suis comme vous, monsieur le docteur, j’ai beaucoup de confiance dans l’esprit des animaux.

— Allons, mauser, reprit l’oncle, encore un petit verre, il fait froid dehors, et le vieux kirschenwasser vous réchauffe comme un rayon de soleil. »

Il ouvrit le buffet, apporta la miche et deux couteaux, et dit :

« Cassons une croûte. »

Le mauser inclina la tête, et l’oncle me voyant, dit en souriant :

« Eh bien, Fritzel, les pelotes de neige et les glissades vont recommencer ! Est-ce que cela ne te réjouit pas ?

— Si, mon oncle.

— Oui… oui… amuse-toi, on n’est jamais plus heureux qu’à ton âge, garçon ; mais surtout ne fais pas tes pelotes trop dures. Ceux qui serrent trop leurs pelotes ne veulent pas s’amuser, ils veulent faire du mal : ce sont de méchants drôles.