— Hé ! dit le mauser en riant, moi, monsieur le docteur, je serrais toujours mes pelotes.

— Et voilà le tort que vous aviez, mauser, répondit l’oncle ; cela prouve que, dans votre nature, il se trouvait un fond de malice. Heureusement vous avez vaincu cela par la raison. Je suis sûr que vous vous repentez d’avoir trop serré vos pelotes.

— Oh oui ! fit le mauser, ne sachant que répondre, quoique les autres les aient aussi serrées.

— On ne doit jamais s’inquiéter des autres ; il faut faire ce que le bon cœur nous commande, dit l’oncle. Tous les hommes sont naturellement bons et justes, mais le mauvais exemple les entraîne. »

Comme nous causions ainsi, quelques paroles s’entendirent dans l’alcôve ; tout le monde se tut, prêtant l’oreille.

« Ceci, mauser, murmura l’oncle, n’est plus la voix du délire, c’est une voix faible, mais naturelle. »

Et se levant, il écarta les rideaux. Le mauser et moi nous étions derrière lui, le cou tendu. La femme, bien pâle et bien maigre, semblait dormir ; on l’entendait à peine respirer. Mais au bout d’un instant elle ouvrit les yeux, et nous regarda l’un après l’autre, comme étonnée, puis le fond de l’alcôve, puis les fenêtres blanches de neige, l’armoire, la vieille horloge, puis le chien qui s’était dressé, la patte au bord du lit. Cela dura bien une minute ; enfin elle referma les yeux, et l’oncle dit tout bas : « Elle est revenue à elle.

— Oui, fit le mauser du même ton, elle nous a vus, elle ne nous connaît pas, et maintenant elle songe à ce qu’elle vient de voir. »

Nous allions nous retirer, quand la femme rouvrit les yeux, et, faisant un effort, voulut parler. Mais alors l’oncle élevant la voix, lui dit avec bonté :

« Ne vous agitez pas, madame, soyez calme, n’ayez aucune inquiétude… Vous êtes chez des gens qui ne vous laisseront manquer de rien… Vous avez été malade… maintenant vous allez mieux… Mais, je vous en prie, ayez confiance… vous êtes chez des amis… chez de véritables amis. »