Mais le fils, après avoir découvert le soldat, s’était sauvé.
Le vieux marcha devant. Nous suivions à la file. Il faisait extrêmement noir dans l’allée. En passant nous vîmes l’étable éclairée par une vitre dans le toit, cinq chèvres aux mamelles gonflées, qui nous regardèrent de leurs yeux d’or, et deux biquets, qui se mirent à chevroter d’une voix plaintive et grêle ; puis l’écurie, les deux bœufs et la vache, avec leur râtelier vermoulu et leur litière de feuilles mortes. Les animaux se retournèrent en silence.
Nous filions le long du mur ; quelque chose déboula sous mes pieds, c’était un lapin qui disparut sous la crèche ; Scipio ne bougea point.
Plus loin nous arrivâmes à la grange, basse, encombrée de paille et de foin jusqu’au toit. Tout au fond nous vîmes une lucarne bleuâtre, donnant sur le jardin ; un grand tas de bûches et quelques fagots rangés contre le mur recevaient sa lumière ; plus bas tout était sombre. Chose bizarre, dans la lucarne se tenaient un coq et deux ou trois poules, la tête sous l’aile se détachant en noir sur cette lumière.
D’abord je ne vis pas grand-chose, à cause de l’obscurité. Tout le monde s’était arrêté. On entendait les poules caqueter tout bas.
« J’aurais peut-être bien fait d’allumer la lanterne, dit le vieux Réebock ; on ne voit pas bien clair. »
Comme il parlait, j’aperçus à droite de la lucarne, étendu contre le mur, entre deux fagots, un grand manteau rouge, puis, en regardant mieux, une tête noire avec de longues moustaches jaunâtres : le coq venait de sauter de la lucarne et avait donné du jour.
Alors la peur s’empara de moi ; si je n’avais pas senti Scipio contre ma jambe, je me serais enfui.
« Je vois, fit l’oncle, je vois ! »
Et il s’approcha en disant :