L’allée était ouverte ; l’oncle, enfoncé dans la neige jusqu’aux genoux, son gros bonnet de loutre tiré sur la nuque, et le col de sa houppelande relevé, arrangeait à la hâte une botte de paille dans le traîneau.

« Tu pars, oncle ? lui criai-je en m’avançant sur le seuil.

— Oui, Fritzel, oui, je pars, dit-il d’un ton joyeux ; est-ce que tu veux m’accompagner ? »

J’aimais bien d’aller en traîneau, mais voyant ces gros flocons tourbillonner jusqu’à la cime des airs, et, songeant qu’il ferait froid, je répondis :

« Un autre jour, oncle ; aujourd’hui, j’aime mieux rester. »

Alors il rit tout haut, et, rentrant, il me pinça l’oreille, ce qu’il faisait toujours lorsqu’il était de bonne humeur.

Nous entrâmes ensemble dans la cuisine, où le feu dansait sur l’âtre et répandait une bonne chaleur. Lisbeth lavait les écuelles devant la petite fenêtre à vitres rondes qui donnait sur la cour. Tout était calme dans la cuisine ; les grosses soupières semblaient briller plus que de coutume, et sur leur ventre rebondi dansaient cinquante petites flammes, semblables à celle du foyer.

« Maintenant, tout est prêt », dit l’oncle en ouvrant le garde-manger et fourrant dans sa poche une croûte de pain.

Il mit sous sa houppelande la gourde de kirschenwasser, qu’il emportait toujours en voyage ; puis, au moment d’entrer dans la salle, la main sur le loquet, il dit à la vieille servante de ne pas oublier ses recommandations : d’entretenir un bon feu partout, de laisser la porte ouverte, pour entendre madame Thérèse, et de lui donner tout ce qu’elle demanderait, à l’exception du manger ; car elle ne devait prendre qu’un bouillon le matin et un autre le soir, avec quelques légumes, et de ne la contrarier en rien.

Enfin il entra, et je le suivis, songeant au plaisir que j’aurais lorsqu’il serait parti, de courir dans tout le village avec mon ami Scipio, et de me faire honneur de ses talents.