« Eh bien, madame Thérèse, dit l’oncle d’un ton joyeux, me voilà sur mon départ. Quel bon temps pour aller en traîneau ! »
Madame Thérèse, appuyée sur son coude, au fond de l’alcôve, les rideaux écartés, regardait les fenêtres d’un air tout mélancolique.
« Vous allez voir un malade, monsieur le docteur ? dit-elle.
— Oui, un pauvre bûcheron de Dannbach, à trois lieues d’ici, qui s’est laissé prendre sous sa schlitte ; c’est une blessure grave et qui ne souffre aucun retard.
— Quel rude métier vous faites ! dit Madame Thérèse d’une voix attendrie ; sortir par un temps pareil pour secourir un malheureux, qui ne pourra peut-être jamais reconnaître vos services !
— Eh ! sans doute, répondit l’oncle en bourrant sa grande pipe de porcelaine, cela m’est arrivé déjà bien souvent ; mais que voulez-vous ? parce qu’un homme est pauvre, ce n’est pas une raison pour le laisser mourir ; nous sommes tous frères, madame Thérèse, et les malheureux ont le droit de vivre comme les riches.
— Oui, vous avez raison, et pourtant combien d’autres, à votre place, resteraient tranquillement près de leur feu, au lieu de risquer leur vie, pour le seul plaisir de faire le bien ! »
Et levant les yeux avec expression :
« Monsieur le docteur, dit-elle, vous êtes un républicain.
— Moi, madame Thérèse ! que me dites-vous là ? s’écria l’oncle en riant.