— Oui, un vrai républicain, reprit-elle : un homme que rien n’arrête, qui méprise toutes les souffrances, toutes les misères pour accomplir son devoir.
— Ah ! si vous l’entendez ainsi, je serais heureux de mériter ce nom, répondit l’oncle. Mais, dans tous les partis et dans tous les pays du monde, il se trouve des hommes pareils.
— Alors, monsieur Jacob, ils sont républicains sans le savoir. »
L’oncle ne put s’empêcher de sourire :
« Vous avez réponse à tout, dit-il en fourrant son paquet de tabac dans la grande poche de sa houppelande, on ne peut pas discuter avec vous ! »
Quelques instants de silence suivirent ces paroles. L’oncle battait le briquet. Moi j’avais pris la tête de Scipio entre mes bras, et je pensais : « Je te tiens, tu vas me suivre… Nous reviendrons dîner, et après ça nous recommencerons. » Le cheval continuait à hennir dehors, et madame Thérèse s’était mise à regarder les gros flocons qui tourbillonnaient contre les vitres, lorsque l’oncle, ayant allumé sa pipe, dit :
« Je vais rester absent jusqu’au soir ; mais Fritzel vous tiendra compagnie, le temps ne vous durera pas trop. »
Il me passait la main dans les cheveux, et je devenais rouge comme une écrevisse, ce qui fit sourire madame Thérèse.
« Non, non, monsieur le docteur, dit-elle avec bonté, je ne m’ennuie jamais seule ; il faut laisser courir Fritzel avec Scipio, cela leur fera du bien ; et puis ils aiment bien mieux respirer le grand air que de rester enfermés dans la chambre : n’est-ce pas, Fritzel ?
— Oh ! oui, madame Thérèse, répondis-je en exhalant un gros soupir.