—Tonnerre! pourquoi sommes-nous obligés de faire la guerre civile?

—Parce que des brigands nous y contraignent.

—Vous avez raison et vous me rappelez que ce n'est pas pour philosopher que nous avons quitté le placis, il y a trois heures, et fait douze lieues au galop. Mais quand je pose le pied sur ce lougre, c'est plus fort que moi; je sens quelque chose comme une larme qui me mouille les yeux, et un désir effréné de combattre sans retourner à terre.

—Malheureusement cela ne se peut, mon cher, car c'est à terre seulement que nous pourrons sauver Philippe.

—Oui, et il faut même nous hâter! Voulez-vous descendre visiter madame la marquise de Loc-Ronan?

—Sans doute; c'était elle qui vous parlait tout à l'heure, n'est-ce pas?

—Oui.

—Eh bien, faites-moi l'honneur de me présenter, je vous suis.

Marcof se dirigea vers l'escalier conduisant dans l'intérieur du navire et descendit, accompagné de M. de Boishardy. Julie les attendait dans son appartement. Ce mot appartement pourrait sembler étrange à tous ceux qui connaissent l'intérieur d'un petit navire de guerre, et cependant les cabines réunies qu'habitait la religieuse méritaient parfaitement ce titre à tous les points de vue et à tous les égards.

Lorsque Marcof avait conduit Julie à son bord, il avait donné des ordres antérieurs et tout fait disposer en conséquence. Il voulait que la religieuse, accoutumée au bien-être du couvent, que la fille noble élevée dans le luxe et dans l'abondance, que la marquise de Loc-Ronan, enfin, la femme de son frère, ne souffrît pas d'un séjour prolongé dans un humble navire aménagé pour des hommes aux habitudes grossières. Il voulait enfin que Julie fût traitée en reine et honorée comme telle.