Keinec obéit, et Brutus, rouge, non pas de honte, mais bien par l'effet de la pression exercée sur son cou, se retrouva à terre, chancelant et étourdi. La foule le hua à son tour. Brutus, sans paraître se soucier des applaudissements décernés à son antagoniste, reprit sa place au milieu des sans-culottes.
—C'est égal, dit-il seulement, le citoyen aurait pu serrer moins fort.
—Pourquoi diable viens-tu l'offenser? répondit Marcof en souriant.
—C'est bon! on le repincera! murmura le sans-culotte.
Pendant ce temps, les charrettes avaient presque franchi la distance qui les séparait de l'échafaud. L'attention de chacun se reporta sur la terrible machine. Enfin les voitures s'arrêtèrent. Les deux hommes dont nous avons parlé descendirent les premiers. Seulement, le Vendéen s'arrêta quelques secondes et cria à haute voix du haut de la charrette:
—Vive le roi!
A ce cri, poussé d'un ton fermement accentué, des vociférations, des menaces, des hurlements inintelligibles répondirent de toutes parts. Marcof et Boishardy se retournèrent d'un même mouvement vers Keinec, et lui mirent la main sur la bouche. Le chouan allait crier aussi. Fort heureusement que ce double geste échappa aux nombreux spectateurs qui les entouraient.
—Tais-toi! dit Marcof à voix basse. Tais-toi! tu nous perdrais sans profit pour personne.
—Oh! les infâmes! les lâches! murmura le jeune homme. Mais, vois donc! il y a une femme et un vieillard dans la seconde voiture!
—Nous ne pouvons les sauver! Songe à ce que nous avons à faire!