—Ne vous rappelez-vous pas l'histoire de ce serment, que je vous ai racontée?

—La jeune fille devait épouser celui qui la sauverait?

—Oui, et Keinec est celui-là.

—Pourtant, il semble plus triste que son compagnon.

—Il l'est davantage, en effet. C'est un cœur d'or que celui de ce garçon-là. Depuis un an il lutte en secret contre son amour pour ne pas être un obstacle au bonheur d'Yvonne et de Jahoua. Moi seul connais ce qui se passe dans son âme. Il y a un an, avant qu'Yvonne s'embarquât pour suivre Philippe et Julie, Keinec devait l'épouser. Il a volontairement retardé le mariage. Lors de notre arrivée à Algésiras, il a voulu faire ce voyage d'Italie avec moi. C'est entre eux une lutte perpétuelle de générosité. Chacun emploie la ruse pour ne pas se laisser vaincre; ainsi Jahoua n'est pas marin, eh bien, il n'a jamais voulu quitter mon bord pour ne pas demeurer seul à terre près d'Yvonne. Oh! les pauvres enfants sont véritablement malheureux. Cependant il faut que cet état de choses ait un terme. Nous allons débarquer, et le mariage doit avoir lieu: eh bien, j'ai peur, je crains un funeste dénouement.

—Que Dieu nous aide! murmura Marie-Augustine.

—Mouille! interrompit la voix rude de Keinec.

La chaîne fila sur le fer de l'écubier et une légère secousse indiqua que l'ancre venait de mordre le fond de sable.

—Commandant, dit Bervic en s'approchant, une chaloupe à tribord.

—C'est Philippe, Julie et Yvonne! s'écria Marcof en se penchant sur le bastingage.