—Parfaitement, répondit l'amoureux d'Yvonne.

—Songe que la moindre indiscrétion peut nous perdre; si, en mon absence, on attaquait le placis, tu dirais à nos hommes de tenir ferme et que tu vas me prévenir, que tels sont mes ordres. Alors tu courrais près de Cormatin et tu lui annoncerais à lui seul notre absence, en l'invitant à venir prendre le commandement du placis. Il viendrait. Je donnerai des instructions semblables à Fleur-de-Chêne, afin qu'en cas de malheur l'un de vous puisse agir. Et maintenant, comme nous allons à Nantes, comme nous nous risquons dans l'antre de Carrier, il est fort possible que nous n'en revenions pas. Si dans dix jours tu ne nous avais pas revus, tu irais trouver M. de La Rochejacquelein et tu lui remettrais le papier cacheté que je laisserai dans le tiroir de cette table. A défaut de La Rochejacquelein, tu t'adresserais à Stofflet. Tu entends bien, n'est-ce pas?

—Oui, commandant.

—Nous pouvons nous fier à toi?

—Eh bien! non, dit résolument Keinec.

—Comment! s'écria Boishardy stupéfait, tandis que Marcof faisait un geste d'étonnement.

—Je dis qu'il vous faut prendre un autre confident, fit le jeune homme d'un ton ferme.

—Pourquoi?

—Je vais vous le dire, commandant.

Et Keinec s'approcha solennellement des deux hommes.