—Mes gars, dit-il, demain devait avoir lieu le mariage de ma fille et la fête de la Soule. Dans un pareil moment, tout ce qui ressemblerait à une réjouissance publique serait peu convenable. Nous venons de décider, vos pères et moi, que l'une et l'autre cérémonies seraient remises à huit jours.

Les paysans s'inclinèrent en signe d'assentiment, et la population du village se réunissant sur la grande place, aux premiers rayons du soleil levant, se dirigea vers le château.

A ce moment précis deux cavaliers, lancés à fond de train sur la route de Quimper, prenaient la même direction. Ces deux cavaliers étaient le comte de Fougueray et le chevalier de Tessy. Ils avaient appris la fatale nouvelle quelques heures auparavant, et, ne pouvant en croire leurs oreilles, ils se hâtaient d'accourir. Tous deux étaient pâles, et leurs traits contractés indiquaient les émotions qui les agitaient.

—Si cela est vrai, nous sommes perdus; disait le comte.

—Pas encore! répondait le chevalier.

—Oh! je n'ai guère d'espoir!

—J'en ai deux, moi.

—Lesquels?

—Celui, d'abord, que la nouvelle est fausse; celui, ensuite, que le marquis ait eu recours à quelque subterfuge pour essayer de nous tromper.

—Corbleu! si telle a été sa pensée, il ignore à qui il a affaire? Le médecin est-il parti?