—Messieurs, je ne puis...

—Dépêche-toi!... te dis-je.

—On m'accusera de vol! Encore une fois...

—Encore une fois, dépêche-toi! ou, je te le jure par tous les démons de l'enfer! si tu nous laisses sortir d'ici les mains vides, avant qu'il soit nuit, nous aurons publié dans tout le pays la bigamie du marquis de Loc-Ronan.

Jocelyn demeura pendant quelques secondes indécis. Un violent combat se lisait sur sa figure et contractait sa physionomie expressive. Enfin, il sembla avoir pris un parti.

—Venez! dit-il, je vais faire ce que vous me demandez, mais que le crime en retombe sur vous!

—C'est bon! nous achèterons des indulgences à Rome! répondit le marquis; nous sommes au mieux avec trois cardinaux!...

Jocelyn conduisit les deux hommes dans une pièce voisine qui contenait les annales du château et de la famille des Loc-Ronan. Il prit une clef qu'il tira de la poche de son habit, et il ouvrit une énorme armoire en chêne toute doublée de fer. Cette armoire était, à l'intérieur, composée de divers compartiments. Le comte exigea qu'ils fussent ouverts successivement. A l'exception d'un seul, ils renfermaient des papiers. Mais ce que contenait le dernier valait la peine d'une recherche minutieuse. Il y avait là, enfermées dans une petite caisse en fer ciselé, des valeurs pour plus de cent cinquante mille livres; les unes en des traites sur l'intendance de Brest, d'autres sur celle de Rennes; puis des diamants de famille non montés, de l'or pour une somme de près de trente mille livres, etc., etc.

Le comte et le chevalier, éblouis par la vue de tant de richesses et n'espérant pas trouver un pareil trésor, ne purent retenir un mouvement de joie. Sans plus tarder ils s'emparèrent des traites, toutes au porteur, et des diamants qu'ils firent disparaître dans leurs poches profondes. A les voir ainsi âpres à la curée, on devinait les bandits sous les gentilshommes. Jocelyn les connaissait bien, probablement, car il ne s'étonna pas.

Restait l'or dont le volume offrait un obstacle pour l'emporter facilement. Le comte fit preuve alors de toute l'ingéniosité de son esprit fertile en expédients. Après en avoir fait prendre au chevalier et après en avoir pris lui-même tout ce qu'ils pouvaient porter, il versa le reste des louis dans une sacoche qu'il se fit donner par Jocelyn. Puis, dégrafant son manteau, il l'enroula autour du sac et il passa le tout sur son bras en arrangeant les plis de manière à dissimuler le fardeau.