Marcof tira ces papiers à lui, s'assura que l'armoire ne renfermait pas autre chose, la referma et remit les in-folio en place dans leurs rayons. Puis, la curiosité le poussant, il entr'ouvrit les papiers et en parcourut quelques-uns. Tout à coup il s'arrêta.

—Ah! pauvre Philippe! murmura-t-il, je devine tout maintenant! je devine!...

Ce disant, il mit les manuscrits sur sa poitrine, les assura avec l'aide de sa ceinture, et reprenant la route aérienne qu'il avait suivie, il regagna le petit escalier du parc. Quelques minutes après, il atteignait l'endroit où il avait laissé Keinec. La lune s'était levée et éclairait splendidement la campagne. Marcof reconnut la place; il la vit foulée encore par le corps du jeune homme, mais elle était déserte.

—Carfor nous épiait!... dit-il au bout d'un instant. Keinec est libre. Ah! malheur au pauvre Jahoua! malheur à lui et à Yvonne! Damné sorcier! je fais serment que tout le sang qui sera versé par ta faute, tu me le payeras goutte pour goutte!

Puis, se remettant en marche, il aperçut bientôt les maisons de Penmarckh et la mâture élancée de son lougre qui se balançait sur la mer.

XIX

CARFOR ET RAPHAEL.

Dès que Carfor et Keinec furent arrivés à la baie des Trépassés, ils entrèrent dans la grotte. Keinec était toujours silencieux et sombre. Carfor souriait de ce mauvais sourire du démon triomphant.

—Mon gars, dit-il enfin, tu vois ce que Marcof a tenté contre toi?

—Ne parlons plus de Marcof, répondit Keinec avec impatience; Marcof est mon ami. Quoi que tu dises, Carfor, tu ne parviendras pas à me faire changer d'avis.