—Tue-moi donc! tue-moi, Marcof! au moins je ne souffrirai plus.
Marcof, ému par l'accent déchirant avec lequel le jeune homme avait prononcé ces mots, lui prit la main dans les siennes.
—Ami, lui dit-il d'une voix plus douce, ne te rappelles-tu pas que c'est en voulant sauver le navire que je commandais et qui a failli périr sur les côtes, que ton pauvre père est mort? Toi-même ne viens-tu pas de te dévouer pour mon lougre? Va, pour ne pas te voir souffrir, je donnerais dix ans de ma vie, et c'est pour t'éviter un désespoir sans fin, un remords éternel, que je te supplie encore de ne pas aller à terre!
Keinec courba la tête et ne répondit pas. Ses traits expressifs reflétaient le combat qui se livrait dans son âme. Enfin, s'arrachant pour ainsi dire aux pensées qui le torturaient, il fit un brusque mouvement, serra les mains de Marcof, leva ses yeux vers le ciel, et s'élança au dehors en emportant sa carabine.
—Il va la tuer! s'écria Marcof en brisant d'un coup de poing une petite table qui se trouvait à sa portée.
Marcof sortit de sa cabine, poussa la porte avec violence et s'élança sur le pont de son navire. Keinec n'y était plus. Quelques marins, étendus çà et là, sommeillaient paisiblement, se remettant de leurs fatigues de la soirée.
La falaise, descendant à pic dans la mer, avait permis au lougre de venir s'amarrer bord à bord avec elle. Une planche, posée d'un côté sur le rocher et de l'autre sur le bastingage de l'arrière, établissait la communication entre le Jean-Louis et la terre ferme. Marcof se dirigea de ce côté. Au moment où il allait poser le pied sur le pont-volant, un homme s'avança venant de l'extrémité opposée. Le marin se recula et livra passage.
—Jocelyn! fit-il vivement en reconnaissant le nouveau venu.—Vous avez à me parler?
—De la part de monseigneur.
—Est-ce qu'il désire me voir?